La centrale nouvelle est arrivée
MOREL,PIERRE
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Vendredi 26 septembre 2008
Visé SPE-Luminus a présenté son projet modifié de centrale TGV à Navagne
La demande de permis et l’étude d’incidence sur l’environnement (EIE) réalisée par un bureau d’études indépendant sont disponibles dans les administrations communales de Visé, Oupeye et Dalhem, et rien n’obligeait donc SPE à réaliser cette séance d’information publique. « Nous le faisons parce que nous sommes réellement fiers du projet modifié et que nous sommes dès lors persuadés que dans ce dossier, informer, c’est convaincre », s’enthousiasme Raoul Nihart, le Project Manager chez SPE.
Qu’est ce donc que la centrale TGV ? Deux unités de production, de 450 Mégawatts (MW) chacune, brûlant du gaz naturel pour produire de l’électricité. En deux temps : d’abord dans une turbine où le gaz se détend, puis grâce à la détente de la vapeur produite par le refroidissement du gaz sortant de la turbine.
C’est la technique de ce refroidissement qui posait le problème majeur du premier projet présenté par SPE, il y a un peu plus d’un an. La fameuse tour de refroidissement de 125 m de haut avait surtout refroidi riverains et autorités communales.
Cette solution est abandonnée : le refroidissement sera opéré par aérocondenseurs. Des structures plus discrètes (35 m de haut), qui ne nécessitent plus de ponction de l’eau de la Meuse voisine, ne produisent pas le panache de vapeur d’une tour, mais sont… plus chères. « Le surcoût est d’une vingtaine de millions d’euros, en investissement et fonctionnement », souligne Raoul Nihart.
Présenté sur des photomontages issus de l’EIE, l’impact visuel est réduit par rapport au projet avec tour de refroidissement. Mais qu’on ne s’y trompe pas, l’installation reste imposante : quatre bâtiments de 70 à 100 m de long chacun et de 35 à 38 m de hauteur. Autre modification majeure du projet : la centrale ne pourra fonctionner qu’au gaz. Le premier projet prévoyait un appoint éventuel par du fuel, stocké sur le site. Ce qui entraînait son classement à un niveau de risque « Petit Seveso ». Idée abandonnée. Se basant sur les chiffres de l’étude d’incidences, SPE annonce pour la qualité de l’air des résultats « exceptionnels » : la combustion du gaz produit des poussières, des oxydes de soufre, du monoxyde de carbone (CO) et des oxydes d’azote (NOx), mais « à des niveaux négligeables : de 0,01 à 2 % des valeurs limites ».
SPE n’a pas convaincu tout le monde. Mais joue la transparence : l’EIE est disponible sur son site (www.spe.be) et SPE organise le 4 octobre une visite de sa centrale, similaire, de Ringvaart.
« Un projet démesuré et passéiste »
Opportunité. « 900 MW, c’est énorme : 800.000 foyers !, souligne Geoffrey Belboom pour la Cellule. C’est trois fois la puissance de la centrale qu’on nous invite à visiter à Ringvaart. Et comparable à un réacteur nucléaire. Avec cette centrale, SPE augmenterait sa capacité de production de 56 %. Ils nous disent que la Belgique est “short” en production. Mais la Wallonie, elle, est déjà en surproduction d’énergie grise de 24 %. Par contre, elle doit importer de l’énergie verte. Pourquoi construire ce projet démesuré qui produira 1,7 million de tonnes de CO2 alors même que nous devons réduire nos émissions ? » Pour Martial Mullenders, élu Ecolo, « ce projet est démesuré et ne s’inscrit pas dans la politique énergétique de la Région wallonne. » À quoi SPE répond qu’il investit massivement dans les éoliennes mais qu’« il faut rester réaliste, les énergies renouvelables ne compenseront pas à moyen terme le déficit énergétique. »
Qualité de l’air. C’est le point le plus sensible, assurément. « C’est facile pour SPE de dire que ses rejets sont en dessous des normes. Mais il ne faut pas oublier que cela se rajoute à ce qui existe déjà, reprend G. Belboom. Cela peut être la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Nous avons demandé à la Région wallonne un état des lieux, sans succès : nous exigeons donc qu’elle effectue une analyse complète de la qualité de l’air actuelle dans la région de Visé. » Pour les NOx, SPE annonce une émission de 0,8 kilotonne par an. Toutes sources d’émissions confondues, la Belgique en émet 200 kilotonnes annuelles. « Ca fait 0,5 % de toutes les émissions chez nous », peste la Cellule.
Urbanisme. Même sans la tour, le projet reste imbuvable pour les opposants : « La centrale est à 300 mètres des premières maisons et reste imposante : près de 400 mètres de long, des bâtiments de plus de trente mètres de haut, avec cheminées à 55 mètres, constate M. Mullenders. Ce projet déroge au Plan Communal d’Aménagement au niveau de la hauteur des bâtiments, et au Plan de secteur, modifié justement pour imposer à cet endroit une activité portuaire. La Région peut sans doute accorder la dérogation pour utilité publique, mais c’est assurément un moyen pour attaquer un éventuel permis au Conseil d’état. »
Emploi. SPE met en avant l’investissement de 550 millions d’euros et les 70 emplois créés. « Ca ne fait jamais que 4,5 emplois à l’hectare, estime M. Mullenders. Dans une zone d’activité économique, c’est parfois 40 ! »
Les « oubliés » d’Eijsden
Totalement en phase avec l’argumentaire de ses voisins visétois (lire ci-contre), le « Comité Centrale Néé ! » de Eijsden, aux Pays-Bas s’estime par ailleurs oublié par l’enquête publique.
« La centrale est située à 500 mètres de la frontière hollandaise, et les vents dominants rabattent la plupart des émissions vers chez nous, rappelle Jaap Voeten du Comité. Et l’opposition à la centrale est massive à Eijsden. Mais si les effets transfrontaliers sont pris en compte dans l’EIE, le gouvernement wallon n’organise son enquête publique qu’à Visé, Dalhem et Oupeye. Et les documents sont en Français ! »
Une convention européenne (Espoo) oblige le gouvernement wallon à solliciter l’avis de la commune d’Eijsden, qui dispose du dossier. « Mais nos remarques et avis, on doit les remettre à Visé. Va-t-on les traduire correctement ? Nous nous sentons frustrés dans nos droits démocratiques, et nous allons nous en plaindre à l’Europe. »
Baisse de tension lors de la séance d’information
Un homme se demande ouvertement si le projet avec tour n’a pas été présenté exprès pour déstabiliser l’opinion et rassurer ensuite en faisant machine arrière.
Un vieux monsieur un brin illuminé perturbe la séance : « Le Seigneur enregistre tout ! », clame-t-il. Mais le code wallon ne prévoit pas encore de demander son avis à ce dernier !
Certains tancent aussi la « démagogie » de SPE, mais dans ce domaine, la cellule de réflexion a donné à son adversaire un bâton pour la battre : après les caricaturales affiches qu’elle a placardées partout (une ville de Visé écrasée sous un ciel rouge sang par la masse énorme d’une centrale crachant de noires fumées), difficile de pinailler sur la véracité des photomontages d’un bureau d’études indépendant…
