Rire jaune avec le nouveau Degotte

FRICHE,MICHELE

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Lundi 29 septembre 2008

Scènes « L’Affaire Lambert » à Liège

critique

L’affaire Lambert sent bon le terreau du côté de Liège, elle le dit, le nourrit de son accent, elle le pleure, le rit… et emporte son petit monde sur une vague qui enfle du burlesque à la tragédie. C’est qu’à la barre de cette « comédie féroce », caracole un sacré duo de bouffons iconoclastes : Véronique Stas et Charlie Degotte. L’une écrit et joue, l’autre met en scène. Et ces deux-là qui ont déjà fait un bon bout de chemin ensemble, se sont entendus comme larrons en foire pour entraîner dans leur sillage une poignée de comédiens hauts en couleur et talents.

Philippe Grand’Henry a moulé sa longue dégaine sur celle d’Albert, fan de Jupiler, cariatide de comptoir chez Suzy (plantureuse, magnifique Véronique Stas), mais surtout veuf et père en perdition, incapable de manœuvrer avec l’adolescence ingrate de sa gamine Jennifer (premier rôle, très solide, de Sophie Jaskulski). Albert Lambert tente de secouer son mal-être, de lui dessiner un avenir. Entre les deux, Fricadelle jappe (avec des mots), compte les coups et console (François Bertrand, étonnante présence « canine »).

Lambert coule, en a marre du « bras de fer avec l’enfer », il pète les plombs, mange une phalangette de son patron, est interné et se suicide. Jennifer grandit, a un fils. Le père les lâche. Et le cycle recommence, infernal. La fin, abrupte, noire, vous saute à la gorge.

Initié en épisodes pour l’Hebdo du lundi de la Mezza Luna, puis retravaillé pour cette création au Théâtre de la Place, L’Affaire Lambert se structure en strates chronologiques rythmées par la musique de Patrick Waleffe (qui participe aussi au jeu) et l’accordéon live de Karine Germaix : un style complainte populaire que pimentent des saillies grinçantes et savoureuses dans d’autres univers.

Une verve colorée

Atout essentiel de la mise en scène de Charlie Degotte : le décor des fidèles Johan et Johanna Daenen, soit un plateau tournant en forme de cible, traversé d’une haute paroi métallique en illusion d’optique. La simple ouverture de lucarnes dans ce mur suffit à signer le bar, la prison, la rue… Cette scénographie bien rythmée emporte les héros comme autant de pions dans un mouvement sans issue. Ces êtres-là sont distordus entre un réel qui fait froid dans le dos et une pirouette de clowns au désespoir toujours perceptible sous l’énormité burlesque.

Véronique Stas leur a offert une verve colorée, nourrie d’une foule de proverbes revisités, de jeux de mots inattendus, de clins d’œil (parfois gros et faciles) à l’actualité belgo-belge… En dépit de quelques séquences qui cherchent encore leur équilibre, cette Affaire Lambert est un grand cru à la Degotte.

Théâtre de la Place à Liège jusqu’au 1er octobre. Tél. 04-342.00.00 ; Théâtre Le Public à Bruxelles, du 3 au 31 décembre. 0800-944.44.

Le site de Charlie Degotte mérite aussi le détour : www.aucunmerite.be.

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