Après Fortis, Dexia dans la tourmente

n.c.

Lundi 29 septembre 2008

Lors d’une conférence de presse, la direction de Fortis a reconnu des erreurs suite à une partielle nationalisation des activités du bancassureur. La banque franco-belge Dexia, dont la santé financière suscite aussi des inquiétudes, va tenir un conseil d’administration exceptionnel ce lundi à 18 heures. En Bourse, Dexia chute de près de 28 %. Fortis a replongé dès ce matin après un rebond à l’ouverture d’Euronext Bruxelles.

Après le bancassureur belgo-néerlandais Fortis, la santé financière de la banque franco-belge Dexia, victime d’une chute brutale en bourse, a suscité à son tour des inquiétudes lundi, obligeant les autorités belges et françaises à réagir.

L’action du bancassureur belgo-néerlandais Fortis perd ce lundi en fin d’après-midi plus de 18 % alors qu’elle avait ouvert en forte hausse après l’annonce de sa nationalisation partielle par les Etats du Benelux dimanche.

L’action de Dexia, qui n’a pas de dépôts de particuliers en France et finance essentiellement les collectivités locales, chutait de 27,11 % à 7,34 euros vers 15H35.

Un article du quotidien Le Figaro, selon lequel une augmentation de capital de Dexia pourrait être annoncée très rapidement, a accentué la défiance.

La banque a tenté de calmer la tempête en démentant rencontrer des problèmes pour se financer sur le marché.

« C’est un groupe très solide au niveau du capital », a assuré une porte-parole, « mais la situation est tellement exceptionnelle (sur les marchés) qu’il faut suivre l’évolution à tout moment ».

Dexia doit réunir un conseil d’administration extraordinaire à 18H00.

Sans attendre, le ministre des Finances Didier Reynders s’est dit prêt dans la matinée à lui apporter son aide en cas de difficulté, tandis qu’en France, son homologue, Christine Lagarde, faisait savoir que la Caisse des dépôts pourrait intervenir « en tant qu’actionnaire » de Dexia.

La panique autour de l’établissement franco-belge laissait toutefois les analystes dubitatifs.

« C’est du pur énervement des marchés », estimait Pierre Flabbée, analyste chez Landsbanki-Kepler.

« C’est un peu irrationnel. Dans le prolongement de la chute de Fortis, on craint que Dexia soit la prochaine touchée. En réalité, on n’en sait rien », ajoutait un analyste d’une maison de courtage sous couvert de l’anonymat.

Dexia, née en 1996 de la fusion du Crédit Local de France et du Crédit Communal de Belgique, est la dernière victime en date d’une crise de confiance qui frappe les unes après les autres les banques jugées fragiles.

Rendus frileux par la faillite de la banque américaine Lehman Brothers, qui leur a fait perdre beaucoup d’argent, les investisseurs, lorsque la santé d’une banque est jugée vacillante, arrêtent de lui prêter de l’argent, la privant ainsi des ressources essentielles à son activité.

La situation de Dexia est jugée difficile car elle se finance en grande partie à court terme sur les marchés financiers, en vendant des obligations aux investisseurs ou en empruntant de l’argent aux autres banques.

Or « les banques ne se prêtent plus d’argent entre elles car elles n’ont plus confiance », souligne un analyste.

Dexia suscite par ailleurs des craintes car elle a souffert des déboires de sa filiale américaine de rehaussement de crédit, FSA.

Début août, la banque avait ainsi dû injecter 300 millions de dollars dans cet assureur d’obligations très exposé aux produits toxiques de la crise des « subprimes ». Elle n’a en outre pas exclu de devoir prendre des mesures supplémentaires.

Les difficultés de FSA, qui ont provoqué une chute de 32 % du bénéfice de Dexia au deuxième trimestre, semblaient cependant plus ou moins contenues, aux dires des analystes.

« Ce qui est inquiétant, c’est que la confiance se dégrade partout sans que cela soit forcément lié au marché immobilier ou aux +subprimes+ », remarque Alain Dupuis, analyste chez Oddo Securities.

« Ce à quoi on assiste actuellement, c’est une espèce de machine folle, qui est en train de cibler les entreprises les unes après les autres », a déploré pour sa part l’économiste Elie Cohen.

Fortis reconnaît ses erreurs

Le groupe Fortis va céder ABN Amro et se concentrer sur ses activités de base, afin de restaurer la confiance, a annoncé ce lundi le nouveau patron du bancassureur belgo-néerlandais Filip Dierckx, après les événements des derniers jours qui ont vu l’action de Fortis atteindre un plancher et les activités bancaires de Fortis être partiellement nationalisées.

Vu le contexte financier et économique actuel, la poursuite de l’intégration d’ABN Amro était devenue trop difficile à mener à bien, a expliqué Filip Dierckx, tout en reconnaissant une erreur de timing pour l’acquisition d’ABN Amro. « Si vous me demandez si certaines décisions ont été prises à un mauvais moment, je vous répondrai par l’affirmative », a-t-il dit, au cours d’une conférence de presse, en référence à l’acquisition par Fortis du Néerlandais ABN Amro en octobre 2007.

Devant la presse, Filip Dierckx a également salué l’intervention des gouvernements belge, néerlandais et luxembourgeois qui permet à Fortis de bénéficier d’un ballon d’oxygène de 11,2 milliards d’euros via une prise de participation de 49 % des autorités dans leur filiale bancaire nationale respective. « Nous avons réglé le problème de solvabilité du groupe », a-t-il résumé.

Les prochaines semaines seront consacrées à la définition d’une nouvelle stratégie pour Fortis alors que le bancassureur a aussi confirmé lundi le départ du président de son Conseil d’administration, Maurice Lippens. Les dirigeants du bancassureur devraient donner davantage d’informations sur la stratégie future de Fortis au cours de la publication de ses résultats pour le troisième trimestre 2008, prévue le 3 novembre.

Fortis : « Pas d’incidence pour le contribuable »

L’investissement de 4,7 milliards d’euros de la Belgique dans Fortis Banque se fera par le biais d’un emprunt avec garantie d’Etat, a précisé le ministre des Finances Didier Reynders, lundi matin au micro de la RTBF. Le gouvernement a donné l’ordre à la Société Fédérale de Participation. Dans le même temps il a accepté d’ouvrir une capacité d’emprunt de 5 milliards d’euros. Il ne devrait pas y avoir de conséquence pour le budget et le contribuable selon le ministre.

« Il n’y aura aucun effet sur le budget et sur le contribuable, même s’il y a toujours un risque », a-t-il précisé avant d’évoquer aussi la possibilité que cet investissement puisse se révéler rentable. Didier Reynders s’est déclaré convaincu que l’argent mis sur la table représente, dans tous les cas, beaucoup moins que le coût d’une éventuelle faillite de Fortis (indemnisation des clients, conséquences sociales…).

La nationalisation partielle par le Benelux du bancassureur belgo-néerlandais Fortis est une solution provisoire, les gouvernements n’ayant pas vocation à rester pour toujours au capital, a indiqué lundi le ministre belge des Finances, Didier Reynders.

(D’après Belga, AFP)

Pas de résultats.