Dexia : Miller et Richard démissionnent
THOMAS,PIERRE-HENRI; BELGA
Mardi 30 septembre 2008
Un accord est intervenu entre les gouvernements belge, français et luxembourgeois pour injecter 6,4 milliards d’euros dans le bancassureur franco-belge Dexia. L’Etat fédéral et les Régions investiront 3 milliards. Le PDG Axel Miller et le président du conseil d’administration Pierre Richard ont présenté leur démission.
Axel Miller, le PDG de la banque Dexia, et Pierre Richard, président du conseil d’administration, ont présenté leur démission, a annoncé le groupe dans un communiqué. Les démissions sont intervenues après le plan de sauvetage du bancassureur franco-belge.
« Les changements dans l’actionnariat, l’entrée d’argent public dans le capital de la banque, le fait que les clients s’inquiètent dans le climat de tension actuelle, cela nous a incités Pierre Richard et moi à remettre nos mandats à disposition du conseil d’administration, a déclaré le PDG Axel Miller. C’est un signal fort, montrant que les banquiers savent prendre leurs responsabilités. Il y a une claire différence entre assumer ses responsabilités et se sentir responsable de quelque chose », a-t-il nuancé. Et d’ajouter : « Avec l’augmentation de capital, le ratio de solvabilité de Dexia, à ce moment, tourne aux alentours de 14 % (les normes légales sont de 8 %, NDLR) ».
Les autorités belges et françaises détiennent plus de la moitié du capital de la banque des collectivités locales Dexia, à l’issue de l’augmentation de capital décidée dans la nuit de lundi à mardi pour sauver l’établissement de la tourmente financière, ont annoncé les dirigeants du groupe (voir ci-contre). Les autorités belges et françaises, ainsi que les actionnaires existants ont souscrit à cette augmentation de capital à un prix par action de 9,90 euros, a indiqué Dexia dans un communiqué.
Le Premier ministre Yves Leterme a annoncé mardi qu’un accord était intervenu entre les gouvernements belge, français et luxembourgeois pour injecter 6,4 milliards d’euros dans le bancassureur franco-belge Dexia. L’accord est intervenu après une longue nuit de négociations.
Cette injection de capital vise à rassurer les marchés, après le dévissage en Bourse lundi de l’action Dexia, qui a perdu près de 30 %. Un décrochage intervenu après la nationalisation partielle de Fortis par les trois États du Benelux, Belgique, Pays-Bas et Luxembourg, annoncée dimanche soir.
Dans le détail, la Belgique participera à cette aide à hauteur de 3 milliards d’euros. La France, via la Caisse de Dépôts et de Consignations, interviendra à la même hauteur. Le Grand-Duché du Luxembourg mettra 376 millions d’euros dans le plan.
Au niveau belge, l’aide est répartie en trois pôles. L’État fédéral investira un milliard d’euros. Les Régions en feront de même. La Flandre apportera 500 millions d’euros, la Wallonie 350 millions d’euros et la région de Bruxelles-Capitale 150 millions d’euros.
Le dernier milliard sera apporté par les actionnaires institutionnels (le holding communal, Arcofin et Ethias).
Les gouvernements belge et luxembourgeois ont salué mardi une prise de décision concertée avec le gouvernement français et les actionnaires de Dexia pour soutenir le groupe bancaire franco-belge et garantir l’épargne des particuliers. Cette décision de recapitaliser Dexia à raison de 6,4 milliards d’euros est un signal fort à l’adresse des marchés, ont-ils aussi estimé. « C’est un accord qui concerne 3 pays, la France, le Luxembourg et la Belgique mais c’est aussi un accord au niveau belge entre les Régions et les actionnaires institutionnels belges », a souligné mardi matin devant la presse le Premier ministre Yves Leterme, tout en précisant que cet accord « important et complexe », négocié durant toute la nuit de lundi à mardi, a nécessité la présence de 10 parties autour de la table.
Il s’agit d’une « opération qui permet de garantir l’épargne et les déposants, ce qui est notre première préoccupation », a pour sa part ajouté le ministre des Finances Didier Reynders.
De son côté, le ministre luxembourgeois du Trésor et du Budget, Luc Frieden, qui représentait le gouvernement grand-ducal dans les négociations pour le plan de soutien à Dexia, a évoqué « 3 gouvernements qui prennent ensemble leurs responsabilités ». « C’est un accord très important à nos yeux, qui renforce la confiance des épargnants dans le système financier européen et dans la place financière du Luxembourg », a-t-il dit, avant d’indiquer qu’il s’agissait aussi de protéger l’épargne et des milliers d’emplois au sein du groupe bancaire.
Le ministre des Finances Didier Reynders a rappelé mardi en Commission de la Chambre les détails des opérations menées ces dernières heures par les autorités concernées relativement à Fortis et Dexia, confirmant qu’il s’agissait d’une opération sur la dette censée être couverte par des dividendes.
« C’est un pari qu’il ne faut pas juger en 24 heures. Ce qui est déterminant, c’est la capacité de tenir sur la distance », a lancé le ministre des Finaces.
Didier Reynders a indiqué que la Société fédérale de participations et d’investissements (SFPI) avait été autorisée par arrêté royal à emprunter un premier montant de 5 milliards d’euros pour couvrir l’opération de 4,7 milliards d’euros relative à Fortis. Quant au dispositif, le raisonnement suivi pour Dexia est le même, a indiqué le ministre des Finances.
De son côté, le premier ministre, Yves Leterme, a indiqué en commission de la Chambre avoir pris contact avec Fortis, estimant qu'il serait malvenu que l'ex-administrateur délégué Herman Verwilst, remplacé vendredi dernier, puisse bénéficier d'une prime de départ allant jusqu'à 5 millions d'euros comme l'a évoqué la
presse.
"J'ai fait savoir que je n'apprécierais pas qu'une telle prime lui soit octroyée", a indiqué le chef du gouvernement.
L'ensemble de la classe parlementaire belge, majorité comme opposition, a par ailleurs félicité le gouvernement pour son action prise ces derniers jours vis-à-vis de Dexia et Fortis. De nombreusesquestions ont cependant émaillé les débats, notamment relatives au contrôle du système financier et aux conditions de départ des patrons qui ont démissionné ces dernières heures.
Le syndicat socialiste Setca (FGTB) chez Dexia a précisé, mardi, qu’il régnait une grande incertitude parmi le personnel de la banque franco-belge. Le syndicat demande que la direction convoque un conseil d’entreprise extraordinaire pour clarifier la situation de l’entreprise.
Selon le Setca, le personnel vit dans l’incertitude. « Les nouvelles de ces derniers jours sont en contradiction avec les informations rassurantes que nous avons entendues dans le conseil d’entreprise », souligne le Setca.
Le syndicat réclame la tenue de conseils d’entreprise extraordinaires mardi aux niveaux européen, belge et français. Le Setca espère obtenir des informations concrètes sur l’accord et des garanties pour l’emploi.
(AFP, Belga)
