Art lisse au pays des merveilles : le roi, c’est Koons !
GILLEMON,DANIELE
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Mercredi 1er octobre 2008
Versailles installe pour un show temporaire les « sculptures » du néopop américain dans les appartements royaux, y compris la galerie des glaces. Vanité, inanité, futilité.
En mettant guimauve, bêtise et laideur provocantes sur le piédestal d’un monument quasi sacré, Koons réédite moins le geste provocateur de Duchamp – qui avait alors un sens – qu’il ne consacre la virtualité absolue de sa démarche d’artiste-américain-le-plus-cher-du-monde. On sait ce que vaut cette cherté – ce n’est pas celle de Van Gogh – et quel monde la garantit ! Koons est bien à l’art ce que les « subprimes » sont à la finance : du vent, du vent, encore du vent.
S’il n’y a pas matière à débat, il y en a à la mauvaise humeur. La présence de l’Américain dans les chambres royales reste bel et bien dommageable. Non que l’esthétique koonesque soit réellement scandaleuse – ses pauvres trophées ne sont, après tout, que les babioles dérisoires portées à échelle monumentale du gamin de la star –, mais que les décideurs de cette expo arnaquent, en beauté, le visiteur des lieux.
Impossible, en effet, et pendant trois mois, de visiter le château sans rencontrer – obligatoirement – sur son chemin le lapin stupide, la panthère rose bonbon et sa grognasse, l’ours débonnaire et le policeman, le homard gonflable, le cœur enrubanné ou le couple en porcelaine doublement débile que forment Michael Jackson et son singe. Au moins n’y trouve-t-on pas trace des ébats de Jeff avec la Cicciolina ! En tant qu’ex-épouse en pétard, elle a dû mettre le holà. Gageons qu’en des temps plus heureux, la charmante aurait trôné nue dans le lit de Louis. Pour un happening.
Arnaque, donc. Nulle part dans l’enceinte de Versailles, l’exposition Koons n’est explicitement annoncée au touriste comme inexorablement liée à la visite traditionnelle des appartements. Qu’il le veuille ou non, le visiteur devra se coltiner aux pièces susdites. Un piège subtil qui ne laisse pas vraiment le choix de remettre à plus tard. Au moins ce touriste devrait-il bénéficier d’une réduction pour embarras occasionnels !
Des milliers de visiteurs, tout bénéfice pour Koons, se gargarisent les organisateurs. Des visiteurs auxquels on force évidemment la main, l’équation se réduisant à subir le néopop ou à renoncer à la visite historique au terme, parfois, de longs voyages en car et après avoir payé son droit d’entrée ! Pour avoir fait la visite avec une pléthore implacable de touristes russes, japonais et même français bon teint, nous pouvons affirmer que la plupart furent bel et bien pris par surprise. Une surprise réelle, vaguement dégoûtée, même si les appareils photo crépitèrent généreusement, mus par un réflexe de potache devant l’apparent crime de lèse-majesté.
Les objets de Koons ne sont pas seulement moches et sans contenu. Cette mocheté érigée sur le socle du baroque et du classicisme fiche carrément le cafard, avançant que rien n’a de sens au royaume de l’art. Que le commissaire, Laurent Lebon, puisse prétendre, sans rire, que Koons est si classique, avec sa manie de la symétrie – mais remarque-t-on la symétrie d’un lapin mécanique, d’une bouée pour enfants ou d’une boîte de pralines ? –, qu’il rend incongru le décor de Versailles, cela ne remonte pas le moral ! Pas plus que les lieux communs sur l’intégration du contemporain et de l’ancien de l’ex-ministre de la Culture, devenu maître à Versailles après avoir été l’employé de la Fondation Pinault à Venise.
Intégration ? Tarte à la crème, tic, manie s’exerçant n’importe comment et n’importe où.
Jeff Koons
