De l’Alaska à la Terre de Feu

LEGRAND,DOMINIQUE

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Jeudi 2 octobre 2008

Musée L’Amérique au Cinquantenaire

Dix salles, 1.500 objets triés sur le volet : les nouvelles salles « Amérique » hissent le Cinquantenaire au top.

Un mât totémique attire tous les regards. Fermées depuis huit ans, les salles « Amérique » des Musées royaux d’art et d’histoire sont de nouveau ouvertes au public, riches d’une nouvelle scénographie. De l’Alaska à la Terre de feu, le parcours étale de pures merveilles. Quelque 1.500 objets représentatifs choisis parmi les 40.000 des collections racontent ces milliers de cultures qui se sont succédé sur l’immense territoire, couvrant une période de 5.000 ans.

Quatre cents œuvres précolombiennes de la collection Paul et Dora Janssen sont intégrées dans les salles. Propriété de la Communauté flamande, cette collection plus esthétisante que scientifique rejoindra le MAS (Museum aan de Stroom), à Anvers, en 2010. Les Musées royaux d’art et d’histoire ne désespèrent pas de trouver un gentleman agreement permettant à l’institution fédérale de conserver des pièces significatives en dépôt.

Sur 1.100 m2 – cimaises gris perle, multimédia et panneaux didactiques –, on ne compte plus les chefs-d’œuvre. Avec cette nouvelle présentation, les Musées royaux d’art et d’histoire deviennent le premier musée d’Europe dans le domaine de l’art précolombien ! Que faire quand la collection Janssen s’évanouira à Anvers ? Pas de panique, les réserves du musée sont gorgées de pièces similaires et le musée ethnographique d’Anvers proposerait des pièces à répétition, placées en dépôt à Bruxelles.

Dans l’enfilade des salles, le visiteur (re)trouve le manteau de plumes dit de Montezuma, le kayak inuit le plus ancien conservé au monde ou la momie de Rascar Capac qui inspira Hergé pour Les sept boules de cristal. Masques olmèques en jade, vases peints d’Amérique du Nord, statuettes réalistes de l’île de Jaïna, orfèvrerie colombienne, vêtements en laine de lama, têtes réduites de la culture Jivaros, art plumassier d’une étonnante modernité, l’abondance de biens est telle qu’on succombe à toutes les aires géographiques.

« Trop souvent le public limite sa perception aux Incas, Mayas et Aztèques. Nos collections permanentes sont plus vastes. C’est le moment de les mettre en valeur, précise le conservateur Sergio Purini à l’issue de quelques nuits blanches. Nous mettons l’accent sur les œuvres les plus attrayantes pour le public, mais aussi sur celles qui résultent d’autres critères de beauté. Celles-ci sont remises dans le contexte des civilisations auxquelles elles appartiennent. Nous accordons de l’importance à l’œuvre “banale” de première importance. »

Chocolat au piment

Qu’est-ce qu’une œuvre banale dans cet échantillon de merveilles ? Le conservateur des collections « Amérique » nous entraîne vers une vitrine de la culture huaxtèque et désigne un vase tout simple en forme d’animal : « Cette chocolatière raconte l’importance du chocolat dans un contexte funéraire aztèque. Originaire d’Amazonie, le chocolat tel que Cortez le mentionne dans ses lettres à Charles-Quint n’a rien en commun avec celui que nous connaissons. On a découvert les premiers pots au Honduras, en 1.500 avant notre ère. On y mélangeait piment, farine de maïs, eau et poudre de cacao. »

Les salles braquent aussi leurs projecteurs sur de récentes acquisitions, comme les fameuses pipes Hopewell (Ohio) ou le gouvernail de cérémonie de la culture Inca-Chincha, preuves qu’une collection aussi remarquable évolue encore.

Musées royaux d’art et d’histoire, 10 parc du Cinquantenaire, Bruxelles. Tél. 02-741.72.11, www.mrah.be. Week-end d’ouverture gratuit les 4 et 5 octobre.

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