La leçon de plaisir de Fabrice Luchini

STIERS,DIDIER

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Vendredi 3 octobre 2008

Cinéma Festival du film francophone de Namur

Invité attendu par le public, Luchini n’a pas déçu. Ou alors juste ceux qui auraient voulu l’écouter plus longtemps. Difficile d’évaluer la dépense d’énergie que s’occasionne Fabrice Luchini à chaque apparition en public. Entre deux représentations de son one-man-show, Le point sur Robert, il est invité à donner une leçon de cinéma au public namurois. Amusant, pour un acteur qui se consacre surtout aux planches du théâtre et se dit pleinement satisfait de ne pas s’embarquer dans plus d’un film par an.

« Je ne veux pas tourner particulièrement, nous disait-il cet été, lors de la sortie de La fille de Monaco. Mais je veux bien tourner parce que c’est un plaisir extrême. Et s’il n’y a pas de plaisir, je me casse. » À 56 ans, avec une filmo affichant une septantaine de titres, il a « un peu de chance, parce que ça marche bien, les films dans lesquels je suis. »

Un public déjà conquis

et surtout féminin

Au Caméo, l’acteur a rencontré un public déjà conquis. En grande partie féminin. Ce qui lui fera dire qu’il sait très bien qu’il les irrite, les hommes de ces dames. Peut-être jusqu’au journaliste d’un quotidien régional pour lequel Luchini, « désabusé, acteur presque en préretraite, n’a rien à donner au public. » On n’a pas dû assister à la même séance : l’invité du jour maîtrise comme personne l’art de la digression comico-philosophico-biographique. Et celui des envolées lyriques, quand il salue la ferveur et la vitalité du public belge, que « les Français ont perdues ».

Enervé ? Il peut l’être quand il s’en prend au théâtre subventionné : « Nous qui avons vécu avec les acteurs de gauche, rassurez-vous, leur indignation est très tranquille. » Ou à la télé, pour laquelle il a été un bon client mais où il évite désormais d’aller : « Elle salit de plus en plus. »

Difficile de trouver quelqu’un de désabusé en cet interprète qui vanne à propos de Fortis, cite Jouvet comme Céline ou Molière, évoque Fernandel et Pagnol dans une anecdote, ou titille l’animatrice de cette « leçon » : « Cathy, vous savez où c’est, le périnée ? » Son métier est plus que jamais indissociable du plaisir. « J’ai mis de l’argent de côté, nous disait-il naguère. Je vis modestement. J’ai pas de bagnole, j’aime bien les belles montres mais ça va… Je pourrais vendre ma maison, je m’en fous. Et j’ai le privilège honteux d’avoir beaucoup travaillé depuis l’âge de 14 ans. Aujourd’hui, ce qui pourrait me motiver à dire oui, ce sont des rencontres avec des gens que j’aime bien. »

Et il ne voudrait surtout pas être perçu comme un porteur de la bonne parole : « Je ne suis pas payé par le gouvernement pour donner aux gens l’envie de lire. » Mais ce plaisir qu’il évoque constamment, sur scène comme à l’écran, renvoie finalement aux textes qu’il chérit.

Le point sur Robert, du 7 au 9/10, 20 h 30, Théâtre Royal des Galeries, galerie du Roi 32, 1000 Bruxelles. Tél. : 02.512.04.07, www.theatredesgaleries.be

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