Le sida dès le XIXe siècle
SOUMOIS,FREDERIC
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Vendredi 3 octobre 2008
Virologie Une recherche parue dans « Nature »
Comment ont procédé les chercheurs pour parvenir à cette conclusion ? Ils ont analysé un échantillon du virus VIH extrait d’un prélèvement de ganglion conservé dans la paraffine et très récemment mis à jour. Celui-ci, conservé avec 812 fragments humains au département d’anatomie et de pathologie de l’Université de Kinshasa, puis transféré à l’Université d’Arizona, avait été prélevé sur une femme de 48 ans à Kinshasa (à l’époque Léopoldville) en 1960. Or, il n’existait jusqu’à présent qu’un seul autre échantillon daté d’avant 1976, découvert en 1959, également à Kinshasa.
Les chercheurs ont ensuite procédé à l’analyse génétique des deux souches de 1959 et 1960 (ZR59 et DRC60), et les ont comparées à une centaine d’échantillons récents, pour observer les mutations intervenues. Résultat ? La comparaison montre que les deux virus sont déjà très divergents, laissant envisager que l’ancêtre commun de ce virus était apparu beaucoup plus tôt que ce qui était auparavant imaginé.
Pour remonter le temps, les chercheurs se sont appuyés sur le temps moyen, très rapide, de mutation du virus du sida. Avec le temps, deux souches provenant d’un ancêtre commun deviennent donc de moins en moins semblables. La fourchette la plus probable pour l’apparition du virus dans la population humaine est la période 1884-1924, écrivent les auteurs de l’étude. Qui, sur base d’autres exemples, font l’hypothèse que le virus aurait atteint Brazzaville en 1883, Yaoundé en 1889 et Bangui dix ans plus tard. L’analyse montre que le sous-type M du VIH-1 a connu une longue période de lente croissance dans la première moitié du XXe siècle. La courte durée entre la première présence du virus dans une agglomération et l’émergence de l’ancêtre commun du VIH-1 suggère que sa croissance dans les cités peut avoir facilité sa diffusion. « La fondation et la croissance de l’administration coloniale et des centres d’échanges commerciaux peut avoir provoqué le fait que la région devienne l’épicentre de la pandémie », écrivent les chercheurs. En cause, le caractère anonyme d’une ville par rapport à un village et la prostitution, largement répandue.
A quoi sert de faire ainsi des recherches archéologiques sur un virus ? « Comme pour le virus de la grippe de 1918, une connaissance plus approfondie de l’évolution du virus et de la manière dont il a muté depuis ses premiers cas africains peut donner une vue plus précise de la virulence et de l’évolution des souches actuelles. Cela peut aussi donner des pistes pour endiguer l’épidémie », soulignent les chercheurs. Trente-trois millions de personnes vivent avec le virus et vingt-huit millions en sont mortes depuis 1981.
