Parlez-vous l’aphasiadisian ?
MAKEREEL,CATHERINE
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Samedi 4 octobre 2008
Danse Les Ballets C de la B aux Tanneurs
Pour l’aphasiadisiaque, les sentiments se bousculent aussi vite que les mots. Il veut exprimer tout ce que l’amour lui inspire – désir, possession, jalousie, soumission –, et en même temps, ne trouve pas les mots à la hauteur de son intuition. Il doit alors créer un nouveau langage, qui ferait appel au corps, pour englober tout ce que la passion nous inspire. C’est cet espéranto des corps, langue diplomatique et très ludique, qui parcourt le spectacle de Ted Stoffer, expert en aphasiadisian.
De manière prévisible, c’est sur la construction de deux tours de Babel que s’ouvre la pièce, tandis que deux danseurs s’enferment dans un mikado précaire de briques, symbole de l’incommunicabilité, d’où ils s’échapperont finalement, comme le reste de la pièce, vers un joyeux désordre communicatif, de superbes duos romantiques ou chaotiques, des dialogues surréalistes et des idylles pleines de tendresse et d’humour. Bref, des tonnes de surprises au détour de chaque geste, mot ou note de musique.
Pour traduire ces instants stupides, érotiques, dangereux ou absurdes qui tissent nos histoires d’amour, Ted Stoffer emmène Kristina Lhotáková, Mieke De Groote, Pieterjan Vervondel et Yvan Auzely dans des jeux de complicité ou de rupture, avec toujours un regard facétieux sur nos gesticulations amoureuses.
Sur les rythmes endiablés du percussionniste Pieterjan Vervondel – qui réussit l’exploit de jouer de la batterie en étant suspendu à un harnais à la perpendiculaire d’un mur de cinq mètres –, on sourit d’un bout à l’autre des saynètes, entre de vertigineux pas de deux joue contre joue, des valses ponctuées de fulgurantes disputes conjugales, le charabia d’une étrange visite immobilière ou la danse de séduction de deux êtres qu’un tambour fanfaronnant sépare.
Le tout en une heure et des poussières, une heure de charmante folie, pour nous donner, malgré tout, envie d’aimer.
