Cocada, Nego et le grand mensonge
STIERS,DIDIER
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Samedi 4 octobre 2008
Cinéma Le Bayard d’or du Festival du film francophone de Namur
Puisque nous sommes nés est pourtant totalement ancré dans la réalité. Le film nous transporte au Brésil, dans le Nordeste.
À 13 et 14 ans, Cocada et Nego incarnent ces (très) pauvres auxquels on dénie parfois jusqu’au droit d’être, d’exister aux yeux du monde. Tous deux ont pourtant des rêves : devenir chauffeur de poids lourds pour l’un, partir et gagner de l’argent pour l’autre. Les petits boulots s’enchaînent, pour quelques réales, à deux pas d’une station-service qui symbolise leur « ailleurs ».
Andréa Santana et Jean-Pierre Duret (notamment preneur de son pour les frères Dardenne) signent ce documentaire produit par Jamel Debbouze. Dernier volet d’une trilogie « brésilienne ». Jean-Pierre Duret nous en parle.
Vers l’âme des gens, oui. En filmant très peu de personnes, aussi. Nous avions également envie de creuser la forme. Jusqu’à présent, nous étions restés dans un style un peu plus classique de documentaire. Et là, nous nous rendions bien compte que, pour essayer d’aller là où nous voulions aller, vers cette intériorité, nous devions changer de forme, aller vers quelque chose de plus cinématographique.
En quelque sorte. Et parmi les premières réactions, celles qui nous touchent beaucoup viennent des spectateurs qui disent avoir ressenti le film pour eux-mêmes. Et ça, c’est exactement comme une fiction ! C’est-à-dire, un film qui raconte une histoire universelle avec des personnages qui restent proches. On ne les juge pas, non plus, et le public repasse le film par son propre filtre.
Ce n’est effectivement pas pareil. Je dirais qu’à la base, il y a déjà une réflexion et une expérience. Nous avons une histoire qui fait que nous nous plaçons à un endroit où nous avons déjà constaté que, politiquement, filmer la misère ne sert plus à rien. Nous sommes saturés d’images, d’infos, de visions de cauchemar. Parce que ce sont des cauchemars que de voir ces gens qui crèvent de faim, qui ont des problèmes d’eau, etc. Nous avons tout ça, nous, et nous n’y pouvons rien. Il y a cette espèce de grand sentiment de culpabilité que nous enterrons en nous, et nous ne voulons plus rien en voir, parce que nous avons le sentiment que voir ou ne pas voir ne sert à rien. C’est aussi basé sur un grand mensonge, le mensonge de la communication, qui est de dire : on vous montre ces images, vous pouvez aider !
Oui, mais contre toute logique, contre toute réalité. Je me souviens qu’à 15 ans, j’entendais déjà McNamara dire « On va réussir à éradiquer la faim dans le monde. » Trente ans plus tard, c’est le contraire qui s’est passé. Il faut arrêter avec ce grand mensonge. En ne voyant derrière ces gens que les symptômes dont ils sont atteints, on évacue la dimension humaine, la profonde humanité, la personne qui a aussi des choses à nous apporter ! Ces « choses »,
P.46 palmarès, bilan,
Isabelle Huppert
face au public
Le Fiff se fiche de la crise
Cinéma Clôture du Festival international du film francophone, vendredi soir à Namur
La journée de vendredi s’est clôturée, comme il se doit, par la remise des Bayards, mais aussi par l’arrivée, enfin, de l’invitée coup de cœur de cette édition. C’est au Caméo, au lendemain de la prestation rigolarde de Fabrice Luchini, qu’Isabelle Huppert a rencontré le public. Un public qu’elle avait déjà remercié deux heures auparavant, après une brève conférence de presse, en se livrant à une petite séance d’autographes au Théâtre royal. Au Foyer plutôt que sur le pas de la porte, donc loin du froid et de la grisaille. Un vrai geste !
Au Caméo, bien rempli, l’accueil est assuré par un Olivier Gourmet (qui lui donne la réplique dans Home) très en verve.
L’Ardennais souligne sa curiosité, ses remises en question, sa capacité de se mettre toujours au diapason – que ce soit au service d’un auteur, d’un scénario ou de ses partenaires. Une onne intro à la cérémonie de clôture où il lui remettra un Bayard d’honneur pour l’ensemble de sa carrière.
Et quand Philippe Reynaert, l’animateur de cette rencontre, lui demande si elle ne pense pas se faire naturaliser belge (pour avoir joué dans Nue propriété), Isabelle sourit, signalant qu’on l’a longtemps crue suisse pour avoir beaucoup travaillé chez les Helvètes…
Au Fiff aussi, on a beaucoup travaillé. Sa directrice, Dominique Jamar, déplore juste un premier week-end ensoleillé et le nouveau système de billetterie. « Lundi, le jour vraiment noir, avec les événements que la Belgique a connus, j’ai demandé les chiffres de fréquentation nationale et j’ai été rassurée : on a très bien fonctionné par rapport au reste du pays. Au-delà de ça, nous avons eu du monde, et ce qui m’a surtout impressionnée, c’est le nombre de professionnels, belges et étrangers, qui ont fait de Namur un rendez-vous important. » Il ne devrait pas en aller autrement en 2009.
Palmarès
