Fortis est française
GERARD,PAUL
Lundi 6 octobre 2008
Banques
Troisième et dernière étape dans la saga du sauvetage de Fortis. Fortis est détenue à 75 % par BNP Paribas, dont l’État belge sera actionnaire principal (11,7 %). L’action Fortis a été suspendue par la CBFA. Combien vaut une action Fortis ? 4 euros. Nicolas Sarkozy recevra à ce sujet mais aussi au sujet de Dexia Yves Leterme, ce lundi à 18 heures à l'Elysée.
Le conseil d’administration de Fortis a approuvé dans la nuit de dimanche à lundi la transaction conclue avec BNP Paribas. « Suite à cette transaction, le groupe Fortis n’est plus actif dans le secteur bancaire ni dans le secteur belge de l’assurance », a commenté Filip Dierckx, CEO de Fortis. « Vu l’environnement extrêmement difficile dans lequel nous évoluons, l’intégration de Fortis Banque et de Fortis Assurances Belgique au sein d’un véritable leader européen de la finance est la meilleure solution, tant pour nos clients que pour toutes les autres parties prenantes de Fortis », ajoute-t-il.
Dans un premier temps, l’Etat belge a acquis les 50 % plus une action du capital de Fortis Banque SA/NV qu’il ne détenait pas encore, pour un montant total de 4,7 milliards d’euros en numéraire.
Un portefeuille de produits structurés d’une juste valeur de 10,4 milliards d’euros est transféré par Fortis Banque à une entité séparée, gérée et détenue conjointement par le groupe Fortis (66 %), l’Etat belge (24 %) et BNP Paribas (10 %).
Le gouvernement belge a conclu un accord avec BNP Paribas portant sur le transfert, dans une seconde phase, de 75 % des actions de Fortis Banque SA/NV contre des actions nouvelles à émettre par BNP pour une valeur de 14,5 milliards d’euros (9 milliards d’euros en actions [132,6 millions de nouvelles actions émises à 68 euros] et 5,5 milliards d’euros en cash). L’Etat belge restera actionnaire à concurrence des 25 % restants de la société. Il détiendra 11,7 % du capital de BNP et aura deux représentants au conseil d’administration du groupe français.
Enfin, le groupe français acquerra 100 % de Fortis Insurance Belgium pour un montant total de 5,73 milliards d’euros en numéraire.
A l’issue de ces transactions, les actifs du groupe Fortis consisteront en une participation de 100 % dans Fortis Insurance International NV, en une participation de 100 % dans les activités d’assurances au Royaume-Uni de Grande-Bretagne, en France, et à Hong Kong, en des participations dans des coentreprises au Luxembourg, au Portugal, en Chine, en Malaisie, en Inde et en Thaïlande et en une participation de 66 % dans le portefeuille de crédits structurés et en cash.
Le produit de la cession des activités néerlandaises du groupe rapportera 12,8 milliards d’euros à Fortis Banque et 4 milliards d’euros au groupe Fortis. Le produit de la vente des 50 % (plus une action) restants de Fortis Banque à l’Etat belge, est allouée au groupe Fortis, tout comme le produit de la vente de Fortis Insurance Belgium.
BNP Paribas espère que le rachat sera finalisé à la fin de l’année ou au premier trimestre 2009.
Le montage final, sur lequel un conseil des ministres s’est penché une ultime fois, est, on le voit, pour le moins complexe. Ce qui faisait dire à un proche du dossier : « Quand les investisseurs devront analyser les effets de tout ceci sur l’action Fortis, il leur faudra un peu de temps. »
Pour parer à des mouvements incontrôlés du titre Fortis en Bourse ce lundi matin, la Commission Bancaire Financière et des Assurances (CBFA) a donc décidé la suspension de l’action.
L’offre française vient clôturer une quinzaine de folie pour Fortis, embarquée dans une tempête sans équivalent qui l’a menée au bord de la faillite. Dans un contexte de crise de confiance sur les marchés internationaux, les investisseurs et les banques ont pris leurs distances avec le groupe de la rue Royale, s’inquiétant des risques accumulés : Fortis est non seulement touchée par la crise du « subprime » (marché dans lequel le groupe s’est exposé pour 5,3 milliards) mais elle était aussi embarquée dans le ruineux rachat (24 milliards en cash) d’un tiers des actifs d’ABN Amro, opération consentie à l’été 2007, soit au moment même où la météo boursière tournait au grain.
Au final, les marchés ont fini par ne plus croire en la capacité de Fortis à gérer tout de front et ont fini par ne plus lui prêter l’argent nécessaire à faire tourner la maison. Or, sans argent pour fonctionner au jour le jour, une banque ne vit pas longtemps.
Le week-end dernier, pour rappel, les trois Etats du Benelux mettaient Fortis sous perfusion, injectant 11,2 milliards dans le pôle bancaire au bout d’un week-end ravageur pour les relations belgo-néerlandaises, le gouvernement Balkenende ne mettant au pot que pour pallier le retrait in extremis du groupe néerlandais ING, parti pour reprendre ABN Amro avant de renoncer.
On sait depuis lors que cette « trinationalisation » de Fortis n’était qu’un sauvetage d’urgence, l’Etat néerlandais décidant ensuite de racheter ce vendredi pour 16,8 milliards l’ensemble des activités du groupe sur son sol. Restait à stabiliser une Fortis amputée de sa branche hollandaise et frappée en plus d’un mouvement de retraits par les déposants, chiffré officiellement à moins de 3 % mais pressenti comme bien plus important.
Selon nos informations toutefois, la transaction passée avec les Pays-Bas incluait, outre le chèque de près de 17 milliards, le remboursement de crédits pour 51 milliards, dont 34 à régler immédiatement, le solde dans un mois.
Paul Gérard (avec afp, ap et belga)
