Le mini-sommet accouche de mini-mesures

AFP; BOURDOISEAU,CHRISTOPHE; BUISSON,SYLVAIN

Page 8

Lundi 6 octobre 2008

Samedi, les plus grands pays de l’UE se sont mis d’accord pour sanctionner les responsables de la crise. Comment ? C’est plus flou…

Paris

De notre correspondant

Nicolas Sarkozy est un bon vendeur. A l’en croire, le sommet qui a réuni les quatre membres européens du G8 – France, Allemagne, Grande-Bretagne et Italie –, samedi à Paris, est une belle réussite. « L’Europe existe, elle propose une réponse » à la crise financière, a expliqué le président français à l’issue du sommet. « Nous avons fixé une doctrine », a-t-il précisé, avouant ainsi que cette réponse reste en bonne partie théorique.

Par exemple, des paroles très dures ont été adressées aux financiers à l’origine de la crise. Il faut que « les dirigeants qui ont failli soient sanctionnés », a déclaré Nicolas Sarkozy. « La leçon à tirer de cette crise doit être de demander des comptes aux responsables », a ajouté la chancelière allemande Angela Merkel. « Faire porter à d’autres le risque de sa propre irresponsabilité, voilà un jeu qui doit être terminé », a conclu le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui représentait les pays de la zone euro.

Mais qui punira les banquiers fautifs, et comment ? Le flou règne. Seules des mesures portant sur les rémunérations semblent envisagées. Les participants au sommet ont lancé un appel à l’élaboration de « codes de conduite garantissant que la rémunération ne se focalise pas sur la performance de court terme et n’encourage pas les prises de risque excessives ».

Pression morale

Il faudra beaucoup d’ingéniosité et de pression morale pour que ces règles s’appliquent, rétroactivement, aux acteurs de la crise actuelle. Axel Miller, le patron de la banque Dexia, vient de renoncer à une indemnité de 3,7 millions d’euros à la demande des gouvernements concernés

Dans d’autres domaines, les quatre pays européens se sont contentés de déclarations d’intention. Ils souhaitent que les membres de l’Union européenne soutiennent leurs banques de façon autonome, mais avec « coordination » et « cohérence ». En ligne de mire : l’Irlande, qui vient de garantir l’intégralité des fonds déposés dans ses établissements, au risque d’attirer des capitaux de toute l’Union.

Or sur ce problème, la seule démarche évoquée est une « discussion » entre la Commission et le gouvernement irlandais. « Ma satisfaction est somme toute mesurée », commentait alors Angela Merkel… dont le gouvernement annonçait dimanche une mesure similaire (lire ci-dessous).

Le sommet a tout de même débouché sur deux mesures concrètes. La première est le déblocage, par la Banque européenne d’investissement, de 30 milliards d’euros de crédits destinés aux PME. Mais cette décision avait été déjà annoncée le 13 septembre dernier. L’autre mesure est d’autoriser les banques européennes à évaluer différemment leurs fonds propres. Il s’agit d’éviter que la chute des marchés boursiers, et l’implosion des instruments basés sur les crédits immobiliers américains, ne les force à réduire drastiquement leur volume de crédit.

Ce changement doit intervenir « avant la fin du mois », selon les conclusions du sommet. Mais qui doit le mettre en œuvre ? Le communiqué final mentionne l’IASB et le FASB, deux organismes internationaux spécialisés dans les normes comptables. Mais la Commission européenne, la Banque centrale européenne et les ministres des Finances de l’UE pourraient aussi avoir leur mot à dire.

Au final, le grand acquis du sommet est le soutien apporté à l’idée française d’une conférence destinée à réformer le système financier mondial. Les pays européens demandent qu’elle réunisse, « le plus tôt possible », les principales puissances de la planète.

Berlin garantit l’épargne des particuliers

BERLIN

DE NOTRE CORRESPONDANT

Peer Steinbrück est « ulcéré ». Le ministre fédéral des Finances n’a pas mâché ses mots, dimanche à Berlin, à l’encontre des managers de la banque Hypo Real Estate (HRE) alors qu’il tente péniblement de sauver cet établissement de la faillite depuis une semaine. Le trou est en effet plus grand que prévu. Après l’échec d’un premier plan de sauvetage de 35 milliards, Peer Steinbrück devra en effet remettre plusieurs dizaines de milliers d’euros sur la table. « Ils rendront des comptes. Nous n’accepterons pas que les contribuables portent seuls le chapeau », a-t-il promis.

Ce n’est pas la première fois que le professionnalisme des banquiers est remis en cause par le ministre. Il y a eu le sauvetage d’un premier établissement touché par les crises des « subprimes » (IKB) et puis l’affaire de la KfW qui a ridiculisé son ministère. La banque publique, spécialisée dans le financement des PME, avait en effet réussi « l’exploit » de virer plus de 300 millions d’euros à la banque américaine Lehman Brothers le jour même de sa faillite.

Cette fois, Berlin avait réussi à mettre en place une garantie de 35 milliards d’euros (dont 26,5 milliards venant de l’Etat) pour remettre à flot le spécialiste du financement immobilier, un des plus grands établissements bancaires allemands, près de la faillite en raison du manque de liquidités sur les marchés financiers.

La plus grande opération de sauvetage de l’histoire économique allemande a échoué ce week-end après que les autres banques venues à sa rescousse ont annulé tous leurs engagements. La presse évoque des sommes allant de 50 à 100 milliards.

La chancelière Angela Merkel a cherché à rassurer les Allemands. Pour convaincre les petits épargnants de ne pas aller retirer leurs économies ce lundi, Berlin a annoncé, dimanche soir, une garantie d’Etat sans limite sur tous les dépôts de particuliers. La crise de 1929 reste en effet présente dans les têtes et les Allemands n’ont pas oublié qu’elle avait favorisé l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler. « Il n’est pas normal que les artisans soient obligés de respecter des normes précises pour travailler alors que d’autres lancent des produits financiers de plusieurs milliards sans être soumis à des règles suffisantes », a ajouté Mme Merkel.

Le gouvernement ne laissera pas tomber une banque de cette taille. Elle finance notamment de gros investissements publics. « Les difficultés d’un seul institut ne doivent pas entraîner tout le système », a affirmé Merkel.

Le gouvernement a mené en soirée une réunion de crise pour trouver un deuxième plan de sauvetage avant l’ouverture des cotations à Tokyo.Il est tombé d’accord avec le secteur bancaire pour porter à 50 milliards plutôt que 35 une ligne de crédit afin d'éviter la faillite de la HRE.

Le triomphe d’Al-Qaïda

Le triomphe d’Al-Qaïda

La crise financière qui frappe les Etats-Unis constitue une victoire pour les musulmans, estime l’un des membres américains d’Al-Qaïda dans un enregistrement vidéo diffusé samedi sur internet. Pour Adam Gadahn, « les ennemis de l’islam subissent une cuisante défaite, qui commence à se manifester avec l’extension de la crise que traverse leur économie. Cette crise s’explique par le fait qu’ils tournent le dos aux lois révélées par Allah, qui interdit les transactions intéressées, l’exploitation, l’avidité et l’injustice ». (ap)

Le bordeaux boit le bouillon

La crise commence à affecter les exportations de vins de

Bordeaux. Les négociants craignent à terme un impact au moins égal à celui constaté après les attentats du 11 Septembre 2001. « Depuis notre création en 1983, c’est la première fois que l’on constate un tel ralentissement des commandes », selon un spécialiste de la vente par correspondance des grands vins de Bordeaux. (afp)

Croquer le « Credit Crunch »

Le grand magasin britannique Selfridge’s a lancé dimanche un nouveau chocolat de luxe

baptisé « Credit Crunch », terminologie anglaise utilisée pour caractériser la crise financière internationale qui sévit depuis plusieurs mois. « Même si les gens cherchent à dépenser un peu moins en ce moment, ils veulent quand même se faire des petits plaisirs en s’offrant des choses de qualité et luxueuses », a souligné Ewan Venters,

le directeur du secteur alimentation et restauration du grand magasin. (afp)

Nationalisation totale ?

Attac France réclame une nationalisation de l’ensemble du crédit, « et pas uniquement des banques au bord de la faillite ». Une solution qui serait selon le mouvement altermondialiste, « plus efficace face à la crise financière que des plans de colmatage », comme le plan Paulson. (afp)

Commerzbank veut rassurer

La Commerzbank, deuxième banque privée allemande, a assuré dimanche que ses besoins en liquidités étaient couverts pour 2008 et qu’elle était « bien préparée pour 2009 » face à la crise financière qui a atteint un nouveau sommet ce week-end en Allemagne (lire ci-contre). (afp)

Le transport au ralenti

La crise financière et le ralentissement économique pénalisent fortement le transport de marchandises de la SNCF, mais épargnent pour l’instant le transport de voyageurs. « Les trafics sont en retrait par rapport à ce qu’on attendait », a précisé le patron de la branche

Pierre Blayau, sans vouloir donner de chiffres. (afp)

Forte chute à Tel-Aviv

Mauvais signe ? La Bourse de Tel-Aviv a clos dimanche la première cotation de la semaine en enregistrant une forte chute malgré l’adoption vendredi par le Congrès américain d’un plan de sauvetage des banques de 700 milliards de dollars. L’indice TA-25 qui regroupe les 25 principales capitalisations du marché a reculé de 6,3 %, tandis que l’indice Tel-Tech, qui reflète l’évolution des cours des entreprises de haute technologie, a cédé 11,5 %. (afp)

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