L’homme de marbre et de porphyre
GILLEMON,DANIELE
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Lundi 6 octobre 2008
Exposition Mantegna, star de la Renaissance italienne, au Louvre
Dans le cas de Mantegna, on reste coit devant le caractère extraordinairement bien trempé qui s’empare des corps et, plus encore, des visages, les détache de fonds lointains où grouille, minuscule, peinte avec une scrupuleuse et poétique précision, l’autre vie. Celle, presque bruegelienne, qui se cache derrière la saga des puissants. Qu’il s’agisse de célébrer les grands de son monde ou de détailler un paysage, une architecture, Mantegna leur confère une royale et expressive beauté. Si sa manière est effectivement austère, savante, antiquisante, elle est aussi sonore, imaginative, franchement sculpturale et si branchée sur le décorum archéologique qu’elle en devient curieuse, surprenante, unique à nos yeux de modernes. En témoignent les deux Saint Sébastien et plus particulièrement celui, fastueux, du Louvre.
Pas de sensualité à proprement parler mais une façon de camper les expressions, de les modeler dans un matériau pictural de marbre et de porphyre, de leur prêter un relief et de les réchauffer à la faveur de la couleur, qui n’appartient qu’à lui. Mantegna a rénové de fond en comble l’art de peindre, conciliant le génie italien du spectacle avec celui, plus spécifiquement flamand, de la minutie, de l’intimité. Voire, avec le tranchant abrupt et métallique de certains peintres germaniques. Dürer avait, pour Mantegna, la plus grande admiration au point de déclarer que d’avoir manqué le peintre à Mantoue lors d’un voyage fut l’une des grandes douleurs de sa vie.
Comme nombre de ses confrères, l’Italien fut l’un des maîtres de la peinture a fresco, réalisant le décor de la chapelle des Ovetari à Padoue et la très fameuse Chambre des époux à Mantoue, tout à la glorification de ses mentors. Il fut aussi l’auteur de ces tableaux, ces dessins, ces gravures dont l’exposition du Louvre nous donne un généreux aperçu, convoquant tout ce qui, aux quatre coins du monde, peut voyager sans risque.
On ne verra pas, hélas, le célèbre Christ mort, « en raccourci », de la Pinacothèque de Milan, trop fragile, et emblème du sens imparable que Mantegna avait de l’espace et de la construction concise de l’image. Mais bien la superbe Circoncision, La mort de la Vierge du Prado, l’Adoration des bergers de New York, le Christ au jardin des oliviers de Londres, la prédelle du triptyque de San Zeno de Vérone, l’Adoration des mages du Getty… Et on suivra Mantegna durant toute sa carrière, au cœur du jeu des influences, entouré des peintres qui participèrent comme lui du grand débat esthétique de l’époque, éclairant sa genèse et sa postérité. Certains très proches comme Giovani Bellini ou le sculpteur Donatello et d’autres, plus lointains – Léonard, Le Corrège –, en quête d’une nouvelle vision.
L’exposition n’est pas monographique mais un nombre largement suffisant de chefs-d’œuvre font le point et nous rappellent que la France détient, après l’Italie, une partie importante du corpus.
