Un « cannibale » à l’œuvre, ça coûte !

GILLEMON,DANIELE

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Mercredi 8 octobre 2008

Evénement « Picasso et les Maîtres » à Paris

Budget colossal pour cette exposition parisienne qui situe Picasso au milieu des maîtres anciens, ses pairs.

C’est peu dire que l’automne parisien, cette année, est placé sous le signe de Picasso. Pas moins de quatre grands musées, Grand Palais, Louvre, Orsay et Musée Picasso, sacrifient au grand maître de la peinture moderne, passant sous la loupe la genèse et le devenir de l’œuvre. Car l’artiste a beau avoir mis la peinture occidentale cul par-dessus tête, il n’en a pas moins été formé à l’école des maîtres anciens, endossant toute l’histoire de la peinture et la réengageant chaque fois qu’il peint. Au point qu’on a pu dire avec légitimité qu’en ouvrant grand les portes, Picasso les avait aussi fermées. Et que pour réinventer la peinture comme il l’avait fait, il lui avait fallu la connaître à fond.

L’expo du Grand Palais place le visiteur au cœur de ce dialogue. Qui dit « Picasso et les maîtres » dit aussi déploiement inhabituel de moyens. C’est l’exposition la plus chère de France qui s’ouvre ce mercredi à Paris, réunissant pendant quatre mois des œuvres estimées à des centaines de millions d’euros et venant de musées du monde entier.

« Maja nue » mais pas folle !

Près d’un million d’euros déjà – 790.000 – pour la seule prime d’assurances, soit un cinquième du budget total de l’expo ! Le phénomène s’explique quand on voit en quelle fastueuse compagnie trône le père de Guernica. Le Greco, Goya, Zurbaran, Delacroix, Cézanne, Rembrandt, Manet, Velasquez, Poussin, David, Ingres, Degas, Van Gogh, Le Douanier Rousseau…, toutes valeurs inestimables qui valent en réalité et ensemble plus de deux milliards d’euros.

Rien d’étonnant puisque la plus chère d’entre ces œuvres vaut à elle seule cent millions d’euros et que l’exposition compte plus de deux cents pièces. Laquelle ? Les organisateurs le taisent mais on peut toujours s’amuser au jeu des hypothèses. C’est le préteur qui fixe le prix de l’œuvre. Les critères sont assez variables dès lors que la plupart de ces tableaux sont… inestimables. Par exemple la Maja nue de Goya qui n’était jamais sortie du Prado est estimée pour une « valeur très haute mais pas folle ». On aurait pu, dit-on, fixer un prix trois fois plus élevé !

Bref, un budget colossal assumé par le groupe Axa Art qui couvre tous les risques, terrorisme et guerre compris. Ce budget aurait encore été gonflé si l’État français n’était son propre assureur pour les tableaux appartenant aux musées nationaux, soit un tiers de l’expo. Les chiffres avancés ne concernent donc que les toiles provenant de musées étrangers et de collections privées.

Au chapitre de l’art stricto sensu, l’exposition devrait être une occasion unique de comprendre la méthodologie picassienne. Anne Baldassari, commissaire, parle de « cannibalisme pictural sans précédent dans la démarche de Picasso qui érige en système la peinture de la peintureEn rupture avec les procédés académiques de transmission et de reproduction de la tradition, cette méthodologie nouvelle place la peinture au cœur de la connaissance du monde. Transposition, mimétisme, détournement, dénaturation forment quelques-unes des figures de la stratégie déployée par Picasso. Il aura ainsi fécondé le modus operandi de la création contemporaine… » Aussi bien Duchamp détrôné, dans son monopole !

Grand Palais, Paris, 3 avenue Général Eisenhower, jusqu’au 2 février. Tél. : 0033-1-44.13.17.17 et www.grandpalais.fr

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