Andréa Branzi, l’impur, le designer hors-pistes

LEGRAND,DOMINIQUE

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Mercredi 8 octobre 2008

L’architecte et designer italien réinvente le monde. Objets du quotidien et installations démultiplient toutes les facettes du génie créatif.

Contraste de la solidité du Magasin aux Foins et de l’installation de verre auto-portant enchevêtré dans le tissage de chanvre rouge, entre transparence et perméabilité, sculpture et construction. Présence à interpréter sans fonction définie, l’Ellipse se prête à tous les possibles imaginables par l’esprit. Architecte ou designer, Andrea Branzi ? « Architecte mais surtout designer, réplique le créateur italien de 70 ans, un homme au coeur des débats qui ont fait le design, d’Archizoom dans les années 70 à Memphis et Alchymia. C’est une différence de philosophie. Le designer travaille à améliorer l’ambiance du monde par de petites choses. La stratégie a toute son importance. Aux siècles passés, on pensait que seuls de grands programmes ou organisations allaient changer le monde. Ça a surtout produit de grands désastres. Aujourd’hui, les transformations passent par les flux moléculaires, comme le micro-crédit, de petites interventions qui changent la vie de 170 millions de personnes. Le designer travaille à la qualité d’objets qui semblent inutiles mais, dans l’histoire, toutes les grandes civilisations se sont développées sur des choses apparemment inutiles comme la philosophie, la poésie, l’art, le spirituel. »

Plus qu’un projet, le principe Branzi est aussi simple que radical : la « modernité faible et diffuse » doit tenir compte du concept de matérialité de la ville, de l’évolution de l’époque. L’engagement du designer s’appuie sur des modèles humanistes et libérateurs post-industriels. Il s’agit d’un équilibre infini, difficile à trouver entre recherche expérimentale et nouveaux codes de valeurs. Les réponses plastiques du Florentin sont aussi percutantes que poétiques et futuristes : Open Enclosures and Other Works s’affiche d’emblée comme l’une des expositions majeures de Grand-Hornu Images. On y découvre toute la continuité du travail de Branzi, les connexions entre nature et technologie, un langage riche de mixité et de primitivisme archétypal, une réflexion qui porte sens.

La poétique de l’équilibre

Modèle conceptuel, la nature cesse d’être un élément passif. Elle irrigue l’abri Gazebo. Cette deuxième installation produite par la Fondation Cartier démontre comment architecture et design peuvent interagir, à l’ombre de la voix de Patti Smith, « un signe, une expression supplémentaire à mon travail », précise le designer. Le brouillage des frontières opère dans les ikebanas, les luminaires, les bijoux barbares présentées par la galerie Argentaurum, les « objets domestiques » visant l’architecture abstraite et des pièces d’orfèvrerie. La branche de bouleau devient anse de théière tandis que l’argent remplace l’osier pour le tressage d’un panier...

« L’Europe a besoin de se réorganiser en formulant d’autres réponses, reprend le chantre de la fluidité de la vie. Face à la globalisation, on doit employer toutes les structures individuelles abandonnées pour les transformer de l’intérieur, créer une énergie qui permettra à la vie contemporaine de fonctionner en se régénérant soi-même. Le design va occuper ce type de rôle. On vit une époque réformiste. On ne trouve pas de solution finale mais une recherche permanente pour trouver des équilibres progressifs. La qualité de la ville, ce n’est pas l’architecture mais sa réinvention à travers les besoins intimes des utilisateurs, un ensemble de petites choses, cette modernité faible qui produit des flux non programmés et non contrôlés. »

Andrea Branzi : Open-enclosures and other works

Andrea Branzi : Open-enclosures and other works

Grand-Hornu Images, 82 rue Sainte-Louise, Hornu, jusqu’au 1 février. Tél.065-65.21.21, www.grand-hornu-images.be.

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