Saisir l’âme des spectacles

WYNANTS,JEAN-MARIE

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Mercredi 8 octobre 2008

Depuis près de trente ans, Lou Hérion photographie une multitude de créations théâtrales. Ses photos et sa signature sont partout mais on ne la voit jamais. Pourtant, cette discrète qui adore les histoires a des choses à raconter.

Au téléphone, quand on lui explique qu’on veut faire son portrait en tant que photographe de théâtre, elle répond d’abord : « C’est gentil d’avoir pensé à moi mais il y en a beaucoup d’autres ». Puis, après une hésitation, elle ajoute : « Je ne sais pas m’exprimer, moi. Que voulez-vous que je vous dise ? » On finit pourtant par la convaincre et on la retrouve, chez elle, sur les hauteurs de Liège, un samedi après-midi.

« C’est mon jour de congé au magasin, explique-t-elle. J’ai toujours voulu garder un boulot de ce type dans un labo pour pouvoir ne faire que ce que j’aime. Et je n’aime photographier que le théâtre. »

Le théâtre, elle l’a découvert dans les années 70. « J’ai vu des trucs comme le Living Theater, le Grand Magic Circus… J’aimais beaucoup cela. J’ai toujours aimé qu’on me raconte des histoires. » Elle aime tellement ça qu’elle souhaite en garder des souvenirs. Mais plutôt que d’acheter le texte des pièces, elle débarque avec son appareil photo. Son autre passion.

A l’âge de 12 ans, elle a reçu un petit instamatic pour sa communion. Elle s’en sert pour tout photographier autour d’elle. Son père comprend qu’une vocation est née et lui offre un réflex pour ses dix-huit ans. Elle l’emmène au théâtre. « Je faisais des photos pour moi, sans rien demander à personne. Dès qu’il y avait un peu de bruit sur scène ou dans la salle, j’en profitais pour déclencher. »

Un jour, une amie l’emmène à un spectacle du Groupov, jeune collectif emmené par Jacques Delcuvellerie. « J’ai fait une dizaine de photos en catimini. Et puis je les leur ai montrées. Ils étaient tous contents car ils n’avaient jamais eu de photos de leur travail. On est devenus amis et quand ils ont commencé à recevoir des subsides, ils ont proposé de me payer. »

Très vite, elle se met à travailler pour d’autres créateurs puis devient la photographe attitrée du Théâtre de la Place dirigé par Jacques Deck puis Jean-Louis Colinet. Quand ce dernier devient directeur du Théâtre national, il continue à faire appel à ses services. Elle connaît mal Serge Rangoni, le nouveau directeur de la Place. Alors elle lui écrit un petit mot pour lui dire que photographier les créations théâtrales est vital pour elle. « Je fais vraiment ça pour une question de santé mentale. Ca m’aide à sortir du train train de la vie. Et ça me permet d’avoir une petite fonction dans le théâtre. » Mais elle reste toujours en retrait. Pas question, par exemple, de donner son avis sur les spectacles qu’elle photographie. « J’aime pas ça. Parfois, certains me demandent mon avis. Je réponds que je suis trop concentrée sur mon travail. Ce qui n’est pas faux d’ailleurs. Mais surtout, ce n’est pas mon rôle. C’est trop fragile tout ça. »

Les spectacles, elle les regarde pourtant avec les deux yeux. Un dans le viseur et l’autre qui balaie la scène pour tenter de tout saisir. Car elle photographie en direct, à l’instinct. « Je ne sais pas expliquer, c’est vraiment l’intuition. Je capte les bonnes phrases. Je sais, ça a l’air bizarre mais une bonne phrase dans une pièce, ça donne une atmosphère, une ambiance, peut-être l’âme du spectacle. C’est ça que je tente de saisir. »

1967. Reçoit son premier appareil photographique, un « instamatic », à l’occasion de sa communion. 1973.

1967. Reçoit son premier appareil photographique, un « instamatic », à l’occasion de sa communion. 1973. Pour ses dix-huits ans, son père, qui a offert un collier de perles à sa soeur, lui offre un réflex. Elle entame des études de photo à l’Icadi. 1976. Elle sort diplomée de l’Icadi tout en s’interrogeant sur son avenir. 1979. Première rencontre avec l’équipe du Groupov dont elle commence à photographier les spectacles pour son seul plaisir. 1984. Devient photographe attitrée du théâtre de la Place à Liège.

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