Une nuit pour déminer le dossier Dexia

THOMAS,PIERRE-HENRI

Jeudi 9 octobre 2008

Réunions tous azimuts pour décider du sort de Dexia, dont le titre a encore plongé ce mercredi (- 15,42 %). Un scénario prévoirait de créer une structure de financement intermédiaire, soutenue par trois Etats (Belgique, France et Luxembourg), qui collecterait les liquidités et renflouerait Dexia. Une décision est attendue avant l’ouverture de la Bourse ce jeudi matin.

Les hommes de Christine Lagarde, la ministre française de l’Economie, vont connaître par cœur les salons du 16 rue de la Loi et la route Paris Bruxelles. Une semaine après avoir négocié avec la Belgique et le Luxembourg la recapitalisation de Dexia, à hauteur de 6,4 milliards d’euros, les voilà avec les mêmes, pour se pencher à nouveau sur l’avenir de la banque franco-belge.

Dès qu’ils ont été nommés, mercredi, Pierre Mariani, le nouveau patron de Dexia, et Jean-Luc Dehaene, le nouveau président du conseil d’administration, ont multiplié les contacts et les réunions. « Ils ont fait un travail formidable », lance un actionnaire.

L’équation était connue : comment faire repartir Dexia, une banque qui ne reçoit plus d’argent des autres banques ? Dans un marché où déjà tout le monde se méfie de tout le monde, Dexia est en effet pointé du doigt en raison de sa filiale américaine FSA qui détient quelques actifs toxiques.

La solution est d’isoler FSA et de faire revenir la confiance. Pour cela, il semble que les gouvernements belge et français s’orientent vers une solution qui préserverait l’unité franco-belge de Dexia. « On a vu ce que la dislocation d’un groupe multinational comme Fortis pouvait engendrer comme destruction de valeur », disent plusieurs actionnaires. L’idée serait donc de créer une structure de financement intermédiaire, soutenue par les trois états, qui collecterait les liquidités et les redistribuerait à Dexia. Dexia serait ainsi à nouveau abreuvé de liquidités, et payerait ce service, afin de ne pas être accusée de profiter illégalement de la garantie de l’Etat. C’était ce scénario qui tenait la corde dans la soirée de mercredi.

Par ailleurs du côté des négociateurs belges, on désirait aussi changer le profil du groupe. Car du côté français, on ne désire pas scinder le groupe : « Il faut amener les deux banques, la belge et la française, à s’autonomiser », dit un négociateur belge.Aujourd’hui, l es dépôts belges et luxembourgeois amènent des fonds pour financer les activités de Dexia Crédit Local, qui finance les communes françaises, mais aussi de grands projets internationaux. Pour le clan belge, les déposants belges, luxembourgeois ou turcs (où Dexia dispose aussi d’une banque de détail) n’ont pas vocation à financer les collectivités locales partout dans le monde.

Mercredi, pendant toute la journée, hommes politiques, banquiers et actionnaires se sont penchés sur le dossier. Avant de plonger en négociation avec la France et le Luxembourg dans la soirée, le Premier ministre Yves Leterme et le ministre des Finances Didier Reynders, ainsi que les autres membres du kern ont reçu pendant une heure dans l’après-midi Jean-Luc Dehaene et Pierre Mariani, pour « faire l’état des lieux et procéder à l’analyse de la situation de Dexia ».

Ils ont aussi rencontré les grands actionnaires. L’un d’eux, la Région flamande (qui détient 2,35 % de la banque), semble se mouiller particulièrement dans ce dossier.

Il semblerait que certains, en Flandre, nourrissent le désir de renforcer la participation dans le groupe financier, voire de régionaliser la « banque des communes ». Une idée qui est absolument rejetée par certains négociateurs du côté de l’État fédéral. Quoi qu’il en soit, le président de l’exécutif flamand, Kris Peeters, a réuni le gouvernement flamand peu après 20 heures ce mercredi, pour « examiner différents scénarios », avec l’aide de la banque d’affaires Petercam. Mais à l’heure de mettre sous presse, aucune décision n’avait été annoncée.

Ce qui est certain, c’est que le dossier Dexia doit aboutir très vite. Ce mercredi, en Bourse l’action a encore dévissé de 15,42 % et sa note financière a été dégradée par l’agence de notation Standard and Poor’s.

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