Magnette veut plafonner les prix de l’électricité
CONDIJTS,JOAN
Jeudi 9 octobre 2008
Energie Paul Magnette s’attaque à la rente nucléaire d’Electrabel
Le problème d’abord. Les produits énergétiques s’embrasent. Depuis 2004, les cours pétroliers n’ont cessé de grimper, établissant un nouvel « ordre » (soit au-delà de 50 dollars le baril) et entraînant le gaz et, par ricochet, l’électricité dans leur sillage. Résultat : depuis un an, le prix de l’électricité s’est apprécié, en Belgique, de 21,2 % ; la hausse du gaz frise, quant à elle, les 50 %. « Les ménages se plaignent, les entreprises souffrent et l’énergie pèse lourd dans l’inflation : environ 1,8 des 5,9 % sur base annuelle lui est imputable », indique Paul Magnette.
« Nous avons regardé où nous pouvions intervenir. Sur la concurrence, nous avons fait tout ce qui pouvait être fait. Côté transparence aussi : la facture a été revue pour être plus claire, pour permettre aux clients de mieux comparer. Au chapitre réduction de la consommation, nous faisons aussi le maximum. Et côté social, nous avons étendu le fonds mazout ainsi que la période de chauffe, continue le ministre de l’Energie. Quand on décortique la facture énergétique moyenne des Belges, on obtient un montant d’environ 2.000 euros, ventilé comme suit : 1.000 euros pour le chauffage, plus ou moins 400 pour l’eau chaude et 600 pour l’électricité. Nous avons constaté que, pour le gaz, à part vérifier que les hausses sont bien les répercussions des mouvements sur les marchés internationaux, nous ne pouvons rien faire. Idem pour le mazout. Bref, nous ne pouvons agir que sur l’électricité. »
Aussi, Paul Magnette a-t-il proposé au gouvernement d’instaurer des tarifs maximaux. « Cette mesure est actuellement discutée dans la perspective de la déclaration de politique générale du Premier ministre le 14 octobre », précise-t-il. Concrètement, la Commission de régulation de l’électricité et du gaz (Creg) serait chargée de déterminer un prix maximal pour chaque producteur du royaume. Ce plafond serait calculé régulièrement en fonction des coûts réels des moyens de production dont dispose l’électricien (centrale nucléaire, au gaz, éoliennes...) et intégrerait une marge bénéficiaire (investissements et rémunérations des actionnaires). Enfin, sur base du rapport de la Creg, le ministre de l’Energie fixerait ledit tarif plafonné.
« Nous avons travaillé sur ce projet en concertation avec la Commission européenne qui n’y est pas opposée », poursuit Paul Magnette qui s’attend à des protestations de la sphère électrique et, particulièrement, d’Electrabel. Ce système toucherait à la confortable rente atomique sur laquelle repose une partie substantielle des bénéfices de la filiale de GDF Suez. « Cette rente pose un problème. Je n’ai pas d’autre solution », confirme le ministre socialiste qui estime que « ce système permettra de limiter la facture pour les entreprises et les ménages. De plus, la concurrence pourra continuer à jouer. Le passage d’un système de coûts contrôlés vers un système de coût libérés s’est fait trop vite. Et la concurrence telle qu’elle existe, ne progresse pas. »
