La garantie des Etats pour Dexia
n.c.
Jeudi 9 octobre 2008
Jean-Luc Dehaene, président du conseil d'administration de Dexia, s’est réjoui de l’accord intervenu durant la nuit dernière: les gouvernements français, belge et luxembourgeois vont apporter à Dexia une garantie bancaire illimitée pendant un an pour emprunter sur les marchés. L'Etat belge apportera sa garantie pour 60,5%, la France pour 36,5%, et le Luxembourg pour 3%. FSA, la filiale américaine, reste au sein de Dexia.
"Il fallait avant tout fortifier le financement du groupe bancaire et discuter sur la structure du groupe (scission éventuelle) n'était pas à l'ordre du jour et aurait de toute façon pris trop de temps", a souligné, jeudi, Jean-Luc Dehaene, président du conseil d'administration de Dexia, lors d'une conférence de presse de Dexia qui bénéficie de la garantie des Etats belge, français et luxembourgeois.
Jean-Luc Dehaene, fraîchement nommé au poste de président de Dexia tout comme le nouveau CEO français Pierre Mariani, s'est réjoui d'un "accord qui stabilise la banque Dexia dans un environnement financier actuel particulièrement houleux".
Les gouvernements belge, français et luxembourgeois ont décidé jeudi de garantir le financement interbancaire de Dexia, une opportunité qui pourra également être saisie en Belgique par les autres banques systémiques belges. Quant à la répartition de la garantie pour Dexia, l'ancien Premier ministre a souligné qu'elle était "solidaire" entre les Etats sans préciser le montant pour les trois Etats. "Cette garantie reflète le poids des différents pays présents dans le capital de Dexia", a précisé Pierre Mariani, CEO de Dexia.
Enfin, le dossier de la filiale américaine FSA a aussi été abordée par le président et le CEO de Dexia. "FSA ne pèse pas sur les liquidités du groupe", a assuré M. Mariani. "Ce dossier est très complexe sur le plan juridique et ne pouvait être traité précipitamment." "Dexia continuera à étudier le dossier FSA. Nous avons demandé au comité exécutif de se pencher sur l'avenir de FSA dans le groupe. Isoler cette filiale n'est pas une opération simple", a ajouté M. Dehaene.
« Les trois gouvernements se sont conjointement engagés à garantir, à compter de ce jour et jusqu’au 31 octobre 2009, les nouveaux financements interbancaires et institutionnels ainsi que les nouveaux financements obligataires à destination d’investisseurs institutionnels » levés par Dexia SA, Dexia Banque internationale Luxembourg, Dexia Banque Belgique et Dexia Crédit Local de France », ont indiqué les trois pays dans un communiqué conjoint. « Cette garantie donne l’assurance aux déposants que Dexia disposera d’une liquidité suffisante pour faire face à ses engagements auprès de ses clients », ont-ils ajouté, à l’issue d’une nouvelle nuit de négociations à Bruxelles.
Dexia est restée très malmenée en Bourse même après avoir été partiellement nationalisée et renflouée avec plus de 6 milliards d’euros en début de semaine dernière par les trois Etats.
La garantie « consolide l’activité de l’ensemble du groupe, y compris sa filiale FSA », la filiale américaine de rehaussement de crédit de Dexia, principale courroie de transmission de la crise financière dans les comptes de la banque franco-belge.
L’Etat belge apportera sa garantie pour 60,5 %, la France pour 36,5 %, et le Luxembourg pour 3 %, a précisé une source proche du gouvernement luxembourgeois. Le communiqué conjoint ne parle d’aucune limite. De source proche du dossier, on a confirmé qu’« aucun plafond n’a été fixé ».
Cette garantie conjointe des trois gouvernements, décidée après une nuit de négociations à Bruxelles, va dans le sens de propositions faites mercredi par le Premier ministre britannique Gordon Brown. Dans une lettre à ses partenaires européens, il préconisait une approche européenne concertée pour garantir les prêts interbancaires, afin de rétablir la confiance entre les banques. Les banques, pour pouvoir disposer des liquidités nécessaires à leur fonctionnement, se prêtent en effet des fonds entre elles. Mais avec la crise financière, le système est grippé car les établissements se méfient les uns des autres.
Pour cette raison, le Premier ministre belge Yves Leterme a indiqué être prêt à « étendre » la garantie de l’Etat « à d’autres banques systémiques », c’est-à-dire d’autres grandes banques belges au cas où elles seraient défaillantes. La ministre française de l’Economie Christine Lagarde s’est elle gardée de faire la même promesse, soulignant qu’« en l’état actuel ce n’est absolument pas nécessaire » de faire la même chose en France.
Selon le vice-Premier ministre et ministre des Finances Didier Reynders, l’opération Dexia de jeudi élargie en Belgique aux banques systémiques, permet, après les efforts de recapitalisation et la désignation de nouveaux dirigeants à Dexia, de « soutenir la continuité des banques, leur activité et le renforcement de leur actionnariat ». Il s’agit de « donner le message aux clients qu’ils peuvent être rassurés », a encore dit le ministre des Finances.
« Après la recapitalisation, la garantie. c’est une étape importante pour Dexia », a indiqué pour sa part le ministre luxembourgeois du Trésor Luc Frieden. « C’est dans l’intérêt de la banque et des clients, qui peuvent être rassurés quant à leurs dépôts ».
Il n’y aura donc pas de scission de la banque spécialisée dans les collectivités locales, a précisé une source proche du gouvernement français, alors que plusieurs informations allant dans le sens d’un éclatement des activités belges, luxembourgeoises et françaises de Dexia avaient circulé mercredi soir.
Le titre Dexia avait encore perdu 15 % de sa valeur mercredi, à 4,99 euros, et plus de 70 % depuis le début de l’année.
(AFP)
