Drôlerie et cruauté des jeux de l’amour

WYNANTS,JEAN-MARIE

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Jeudi 9 octobre 2008

Scènes « Le barbier de Séville » au Théâtre national

CRITIQUE

Je me suis offert une récréation », sourit Jacques Delcuvellerie à l’issue de la première du Barbier de Séville qu’il monte au Théâtre national. Et c’est bien de cela qu’il s’agit. En s’attaquant à l’œuvre de Beaumarchais, le metteur en scène s’offre un bon bol d’air frais avant de démarrer un projet en plusieurs volets. Il y a dix ans, plongé dans l’aventure de Rwanda 94, il avait fait de même… avec la même pièce. Une reprise donc ? Pas vraiment.

Bien sûr, la pièce est la même : l’histoire d’un vieillard, forcément atrabilaire, bien décidé à épouser celle qui n’est encore que sa pupille. Mais un jeune homme a repéré la belle et va la lui subtiliser avec l’aide de Figaro, son ancien valet, devenu barbier à Séville. Sur le grand plateau du National, on retrouve aussi la scénographie de Johan Daenen. Un long mur dont on découvrira tour à tour le recto et le verso.

Superbement éclairé par Philippe Sireuil, l’espace se réduit à son strict minimum laissant la place aux comédiens et à la musique. Celle de Beaumarchais (qui tenta d’abord d’écrire un opéra-comique) et d’une multitude d’autres créateurs, de Mozart à Frank Zappa en passant par la Panthère rose et des ritournelles populaires instantanément reconnaissables. Bernard Dekaise, déjà de l’aventure il y a dix ans, interprète le tout au clavecin avant de nous expliquer, peu avant la fin du spectacle, pourquoi il est là et ce que tout cela lui inspire. Un grand moment de délire. Cette drôlerie référencée, on la retrouve un peu partout dans un spectacle qui s’offre de nombreux clins d’œil à des personnages ou situations célèbres, de la pose d’Almaviva rappelant une pub pour apéro à la leçon de soûlographie de Figaro inspirée par une éminence politique wallonne.

Un formidable quatuor

Pour porter un tel spectacle, qui doit encore trouver son rythme idéal, il fallait une équipe de premier plan et c’est avec celle-ci que Delcuvellerie surprend le plus, renouvelant totalement sa distribution. Tous sont parfaits dans des rôles que le metteur en scène n’hésite pas à pousser vers la parodie, l’outrance (maîtrisée) et la référence au jeu mélodramatique du cinéma muet ou de l’opéra à l’ancienne.

Dans cet exercice, le quatuor principal est carrément irrésistible. En Rosine, Jeanne Dandoy se montre espiègle, futile, rebelle, désespérée… Toujours avec la même conviction et le même équilibre entre comédie assumée et justesse de ton. Portant sur ses jeunes épaules le rôle de Figaro, Fabrice Murgia est à la fois flamboyant, hilarant et bondissant.

Retrouvant la scène comme comédien après s’être beaucoup consacré à sa compagnie Arsenic, Axel de Booseré s’en donne à cœur joie en Almaviva. Un rôle d’autant plus risqué et gratifiant que le comte doit se travestir à plusieurs reprises : amoureux transi mais sans le sou, soudard aviné, professeur de musique maniéré… Axel de Booseré est parfait dans tous les registres, révélant une nature comique trop rarement exploitée. Face à lui, Jean-Pierre Baudson campe le vieux Bartholo avec une dégaine à la Paul Préboist qui aurait attrapé les tics de De Funès. Souvent cantonné dans les seconds rôles, le comédien trouve ici un personnage formidable dont chaque apparition est un vrai régal. C’est bien lui le centre du spectacle, imbuvable, certes, mais drôlissime et finalement assez touchant face à des jeunes gens qui ne jurent que par la jeunesse, la beauté et la richesse.

Théâtre national, jusqu’au 25 octobre, 02-203.53.03, www.theatrenational.be.

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