Vent de panique à Wall Street
n.c.
Jeudi 9 octobre 2008
La Bourse de New York, prise de panique en fin de séance, a fini sur un nouveau plongeon : le Dow Jones a cédé 7,33 % et le Nasdaq 5,47 %. Les Bourses européennes ont aussi terminé dans le rouge. Le Bel 20 a perdu 3,75 %, tiré vers le bas par GDF Suez (-13,08 %). Dexia a par contre gagné 16,43 %. Le CAC 40 lâche 1,55 %, le Dax 2,53 % et le Footsie 1,21 %.
La Bourse de New York a fini sur un nouveau plongeon, un vent de panique s’emparant en fin de séance des investisseurs inquiets pour les banques et General Motors : le Dow Jones a cédé 7,33 % et le Nasdaq 5,47 %.
Selon les chiffres définitifs de clôture, le Dow Jones Industrial Average (DJIA) a reculé de 678,91 points, à 8.579,19 points.
Il s’agit de la septième séance consécutive de baisse pour l’indice vedette de Wall Street, qui n’avait plus clôturé sous les 9.000 points depuis juin 2003. Les 30 valeurs qui le composent ont fini dans le rouge.
Ce nouveau plongeon intervient précisément un an après le dernier record absolu atteint par le Dow Jones à 14,164,53 points. Il a perdu près de 40 % de sa valeur depuis.
Le Nasdaq, à dominante technologique, a cédé 95,21 points à 1.645,12 points et l’indice élargi Standard & Poor’s 500 7,62 % (75,02 points), à 909,92 points.
« C’est la panique totale, il n’y a pas d’autre mot », a commenté Gregori Volokhine, de Meeschaert New York.
Après avoir ouvert en nette hausse, puis hésité une grande partie de la séance sur la direction à prendre, les indices se sont effondrés pendant la dernière heure des échanges.
Les valeurs financières, particulièrement sous pression après la fin de l’interdiction des ventes à découvert, ont été les premières victimes, notamment les trois banques entrant dans la composition du Dow Jones : Bank of America a chuté de 11,18 %, Citigroup de 10,21 % et JPMorgan Chase de 6,67 %. « On ne voit pas ce qu’il pourrait arriver d’autre que commencer à nationaliser les banques », a estimé M. Volokhine.
Autre valeur concernée par l’interdiction des ventes à découvert : le constructeur automobile General Motors (-31,11 % à 4,76 dollars). L’agence de notation Standard and Poor’s (S&P) s’est dit inquiète des « sérieux » problèmes de trésorerie qu’il pourrait rencontrer dès l’an prochain, précipitant sa chute en fin de séance. Son concurrent Ford a perdu 21,80 % à 2,08 dollars, plombé par des commentaires similaires de S&P à son sujet.
« On se rend compte que l’Etat va devoir continuer à sauver tout ce qu’il peut mais on ne peut pas tout sauver », a observé l’analyste de Meeschaert.
Les valeurs de l’énergie ont été entraînées par la chute des cours du pétrole, qui perdait plus de quatre dollars le baril lors des échanges électroniques jeudi soir à New YorK.
Le pétrolier ExxonMobil, première capitalisation du Dow Jones, a perdu 11,69 % à 68,00 dollars.
Même le groupe informatique IBM, qui avait soutenu la tendance dans la journée après l’annonce de résultats trimestriels un peu supérieurs aux attentes, a finalement perdu 1,71 % à 89,00 dollars.
Après avoir regagné jusqu’à 2,69 % grâce à Dexia, dont le titre a rebondi jusqu’à 31,26 %, l’indice Bel 20 est repassé dans le rouge (-3,57 % à 2.240,88 points) sous le poids de la Française GDF Suez (-13,08 %).
La plupart des énergéticiens ont vu leurs cours boursiers s’effondrer. Selon plusieurs analystes, l’origine de cette baisse massive se situe en Belgique : les propos tenus par le ministre de l’Energie, Paul Magnette (PS) dans Le Soir de ce jeudi (voir en haut à droite, dans notre rubrique ’lire’) – il propose d’instaurer une régulation des prix de l’électricité ainsi que leur plafonnement – ont entraîné une chute du cours de GDF Suez, maison mère d’Electrabel. Dans son sillage, GDF Suez aurait entraîné des grands énergéticiens du continent. Tandis que GDF Suez a cédé 13,08 %, le français EDF a perdu 10,48 %, l’allemand E.on 8,23 % et l’italien Enel 8,3 %.
Dexia (5,81) confirmait pour sa part un rebond de 16,43 % mais sa consœur KBC (40,74) plongeait de 5,24 %. InBev était en tête au rang des échanges avec 2.309.395 titres traités pour quelque 82 millions d’euros.
En Asie et en Europe, les Bourses avaient d’abord semblé rassérénées par les baisses concertées mercredi des taux directeurs de six grandes banques centrales occidentales, ainsi que par les appels au calme des responsables internationaux.
Mais après une ouverture en hausse, Wall Street a fait replonger les places boursières européennes en fin de séance, sous l’effet d’une crise de confiance qui n’en finit pas d’ébranler la sphère financière.
En ordre dispersé, les gouvernements continuent pourtant de tenter de colmater les brèches du système bancaire afin d’éviter les faillites, de rassurer les épargnants et de rouvrir le robinet du crédit.
Tous les regards se tournent vers les sept principaux pays industrialisés (G7), dont les ministres des Finances et les banquiers centraux se retrouvent vendredi à Washington pour tenter de trouver des remèdes à la crise financière. Le président américain George W. Bush accueillera ensuite samedi les responsables du G7, du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale.
En Europe, la place de Londres a terminé en recul de 1,21 %, Francfort de 2,53 %, Paris de 1,55 %, de même que la Bourse Suisse (-4,52 %), Milan (-1,81 %)ou Madrid (-3,83 %).
Selon un vendeur d’actions parisien, ce décrochage s’expliquerait par la reprise des ventes à découvert (spéculation à la baisse) sur les valeurs financières à New York, qui étaient interdites depuis le 19 septembre.
En Asie, les Bourses ont connu une accalmie. Après un plongeon historique mercredi, Tokyo a clôturé en petite baisse (0,50 %), Hong Kong a gagné 3,31 % et Singapour 3,40 %.
Les marchés restaient nerveux malgré l’appel lancé mercredi soir par le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet : « Reprenez vos esprits ! », avait-il martelé, voyant dans la baisse concertée des taux d’intérêt « un signal de confiance au marché ».
Mais le problème de fond persiste : le marché interbancaire reste paralysé, car les banques ne se prêtent plus entre elles, paniquées à l’idée de possibles faillites. Les taux demandés sur ces marchés restent à des niveaux record.
La BCE est toujours à la manoeuvre pour tenter de ramener la confiance et a mis sur le marché 100 milliards de dollars, doublant la somme habituelle.
En Islande, l’Etat a pris le contrôle de la première banque du pays, Kaupthing (voir en haut à droite, dans notre rubrique ’lire’). Les trois principaux établissements bancaires de l’île sont désormais nationalisés.
L’Irlande a étendu sa garantie totale sur les dépôts bancaires à cinq banques étrangères fortement implantées dans le pays.
Les Etats belge, français et luxembourgeois ont à nouveau volé au secours du bancassureur franco-belge Dexia (voir en haut à droite, dans notre rubrique ’lire’), partiellement nationalisé la semaine dernière, en lui apportant leur garantie pour lui permettre d’emprunter sur les marchés.
La chancelière allemande Angela Merkel, interrogée sur d’éventuelles nationalisations bancaires, a déclaré qu’elle ne « pouvait rien exclure définitivement ».
Le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn a appelé les pays européens à serrer les coudes. « J’appelle les pays européens à travailler ensemble. Il n’y pas de solution nationale dans une crise comme celle-ci », a-t-il déclaré. Mercredi, le FMI avait jeté un froid en annonçant un coup d’arrêt brutal à la croissance, qui n’atteindrait que 0,1 % aux Etats-Unis et 0,2 % dans la zone euro l’an prochain.
(Joan Condijts, ap, afp et belga)
