Rebond spectaculaire de Wall Street
n.c.
Lundi 13 octobre 2008
La Bourse de New York a fini sur un rebond spectaculaire lundi, après les interventions massives des gouvernements européens et américain pour rétablir la confiance : le Dow Jones a gagné 11,08%, soit une hausse historique de 900 points en une séance, et le Nasdaq 11,81%.
L’union sacrée des gouvernements des principales puissances économiques mondiales pour faire face à la crise financière a revigoré lundi les places boursières, qui ont terminé la séance sur des gains records.
Après des hausses de plus de 10 % des indices boursiers en Asie et en Europe, Wall Street, première place mondiale, a terminé sur un feu d’artifice de 11,08 %, soit une hausse jamais vue de plus de 900 points en une séance.
« Le marché réagit aux annonces du week-end », a commenté l’analyste Peter Cardillo, d’Avalon Partners, en référence aux réunions à Washington des grands argentiers des principales puissances économiques qui se sont engagés à soutenir le secteur financier contre vents et marées.
« Ces initiatives ont aidé à endiguer la vague de pessimisme qui persistait la semaine dernière et à encourager un mouvement de chasses aux bonnes affaires », a ajouté son confrère Patrick O’Hare, de Briefing.com. « Les gouvernements du monde entier semblent avoir pris la mesure de la gravité de la crise financière ».
En Europe, la coopération des gouvernements, qui ont promis près de 1.700 milliards d’euros pour dégripper la machine bancaire, a fait oublier la panique de la semaine dernière.
Ces actions concertées au niveau européen, réclamées de longue date, ont redonné espoir aux investisseurs qui étaient restés de marbre face au plan du secrétaire au Trésor américain Henri Paulson et à la baisse des taux directeurs des banques centrales. « C’est mot pour mot ce qu’on voulait », exultait Maurice Gravier, directeur de Natixis Asset Management à Paris, pour qui il s’agit d’un « catalogue idéal » de mesures afin d’« éviter une contagion de la crise à toute l’économie et restaurer la confiance ».
La quasi-totalité des Bourses européennes ont clôturé sur des hausses historiques : Paris en rebond de 11,18 %, Francfort de 11,40 %, Madrid de 10,65 %, Milan de 11,49 %. Un ton en dessous, Londres a gagné 8,26 %.
Autre signe de détente sur le front financier, les taux à trois mois sur le marché interbancaire, dont le blocage est au coeur de la crise, se détendaient lundi.
Confortés par les promesses gouvernementales, les établissements financiers étaient moins réticents à se prêter de l’argent.
Longtemps accusés d’inaction ou d’improvisation face à la crise, les Européens ont serré les rangs face à la déroute bancaire.
Au lendemain d’un sommet de crise des pays de la zone euro, les dirigeants européens ont mis leurs chiffres sur la table, de quoi donner le tournis aux citoyens européens, mais de rassurer, du moins temporairement, les marchés. Berlin a annoncé 480 milliards d’euros, Paris 360 milliards, Madrid et Vienne 100 milliards chacun, Lisbonne 20 milliards. Ces chiffres des pays de la zone euro s’ajoutent au plan britannique qui avait montré la voie la semaine dernière avec 380 milliards d’euros. L’Italie a annoncé qu’elle dépenserait « autant que nécessaire » pour ses banques, et les Pays-Bas ont promis 200 milliards d’euros.
Garanties aux crédits interbancaires jusqu’au 31 décembre 2009, recapitalisation des banques menacées de faillite : déclinable dans chaque pays en fonction des besoins, le plan européen vise à réamorcer la pompe du credit, qui est pratiquement tombée à l’arrêt et menace de paralyser l’économie.
Pionnier en la matière, le gouvernement britannique a annoncé son intention d’investir jusqu’à près de 50 milliards d’euros dans trois des plus grandes banques du pays, RBS, HBOS et Lloyds TSB, provoquant leur nationalisation de fait.
Les mesures européennes font écho au plan Paulson de 700 milliards de dollars adopté début octobre par les Etats-Unis et concrétisent les engagements pris vendredi soir par les sept grands pays riches (G7) à Washington.
Les Etats-Unis ont salué ce plan de soutien européen. Le président américain George W. Bush a aussi promis de nouvelles mesures pour apaiser les « troubles des marchés financiers ».
Dos au mur, les gouvernements n’ont pas hésité à briser des tabous comme la nationalisation des banques, une entorse au credo libéral. Ils n’ont pas lésiné sur les moyens, quitte à laisser filer les déficits publics et mettre entre parenthèses les critères de Maastricht.
Soucieux de rassurer les contribuables, les gouvernements ont toutefois affiché leur intention de récupérer un jour leur mise auprès des banques.
« Il ne s’agit pas de faire des cadeaux aux banquiers », a souligné le président de l’Eurogroupe et Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker avant d’ajouter que « les banques qu’on assistera devront payer ».
« Ceux qui ont fauté seront sanctionnés » une fois la crise financière surmontée, a prévenu le président français Nicolas Sarkozy.
Soucieux de limiter la contagion de la crise à l’économie réelle, le directeur général du Fonds monétaire international (FMI) Dominique Strauss-Kahn a appelé les Etats « qui peuvent se le permettre » à « être prêts à entreprendre un plan de relance budgétaire » pour leurs économies.
La mobilisation internationale a été unanimement saluée.
La Banque centrale de Suède a estimé qu’il y avait « une lumière au bout du tunnel » dans la crise financière internationale.
L’économiste Américain Paul Krugman, qui s’est vu décerner lundi le prix Nobel d’économie en pleine bourrasque financière, a rendu hommage à l’action du Premier ministre britannique Gordon Brown, se demandant s’il « n’avait pas sauvé le système financier mondial ».
Le FMI, à l’instar des dirigeants européens, compte tirer les leçons de la crise en vue de réformer un système financier qui a démontré ses faiblesses.
Gordon Brown a réclamé une vaste réforme du système financier international dans le cadre d’un « nouveau Bretton Woods », la conférence sur la régulation financière tenue aux Etats-Unis en 1944.
Premiers à ouvrir le bal des Bourses, les marchés asiatiques ont rebondi nettement lundi matin : Hong-Kong a gagné 10,2 %, Shanghai 3,65 %, Sydney 5,55 % et Séoul 3,79 %.
La première place d’Asie, Tokyo, qui a subi la semaine dernière un krach historique (-9,62 % vendredi et -24,33 % sur la semaine), rouvrira mardi après une journée fériée.
Au Moyen-Orient, la Bourse saoudienne a clôturé en hausse de 9,5 % et Le Caire de 4,9 %. Sao Paulo, première place d’Amérique du sud, a rebondi de 4,76 % à l’ouverture.
A contre-courant des marchés mondiaux, les deux places boursières de Moscou, le RTS et le Micex, ont achevé la séance de lundi sur de fortes chutes de 6,34 % et 4,85 %.
AFP
