Marseillaise sifflée : la france ne peut plus se voiler la face

MESKENS,JOELLE

Jeudi 16 octobre 2008

La chanteuse Lââm le résume avec ses mots. Mardi soir, elle a eu « les boules ». Les boules oui, quand, entonnant la Marseillaise au Stade de France, elle s’est fait huer par des supporters haineux. Elle qui, d’origine tunisienne, avait justement été choisie pour célébrer l’amitié franco-maghrébine. Quel gâchis…

Ce soir-là, l’événement n’était évidemment pas sur la pelouse. C’est la France qui a perdu au score. La France et surtout son modèle d’intégration.

Nicolas Sarkozy a eu raison de réagir immédiatement. Les incidents sont graves et les images, désastreuses.

Comme celles des voitures de la production du prochain film de Luc Besson incendiées ces derniers jours encore à Montfermeil, en Seine-Saint-Denis. Juste à côté de Clichy-sous-Bois où s’étaient déclenchées les émeutes de 2005. Au stade, il n’y a pas eu de violence physique, bien sûr. Mais la charge symbolique est la même. C’est l’expression d’un même rejet de la France. Ces incidents ne pouvaient pas rester sans réponse. Mais les mesures décrétées à l’Elysée en une heure à peine, au cours d’une réunion intercalée d’urgence dans un agenda overbooké par la crise financière, sont-elles à la hauteur ? Elles sont suffisamment spectaculaires, c’est sûr, pour adresser un message à l’électeur : « On ne laissera plus faire ! » Mais au-delà ?

Interrompre un match en cas de sifflets ? La belle affaire ! Et encore, on ne parle pas du côté surréaliste à présenter comme une sanction le départ des officiels (quel chahuteur serait peiné de voir un ministre quitter le stade ?), ou à délocaliser ces matchs comme l’a proposé le secrétaire d’Etat Bernard Laporte (dans les belles provinces au moins, tout le monde pourrait agréablement se voiler la face).

Ces incidents appellent certes à repenser les matchs mais surtout à agir en profondeur pour combler le fossé béant qui s’est creusé entre la France et ses banlieues. En 2001, déjà, un France-Algérie avait été sifflé. Qu’a-t-on fait depuis ? Nicolas Sarkozy avait promis un « plan Marshall ». Sans budget digne de ce nom, sa ministre de la Ville, Fadela Amara, n’a pratiquement que sa sincérité à proposer aux cités. Comme dirait Lââm, ça aussi, « ça fout les boules ».

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