Le populisMe wallon sera propre et éthique

MARTIN,PASCAL

Page 18

Vendredi 24 octobre 2008

Y aura-t-il un destin wallon pour Rudy Aernoudt ? Bien malin sera celui qui pourra prédire quel accueil l’électorat du sud réservera à l’homme qui cumule a priori deux solides tares : il est flamand et intellectuel.

Mais un Flamand qui s’attelle à faire passer depuis des années un bon sens digeste pour un Wallon. Et un intellectuel qui, plus habitué aux états-majors qu’aux premières lignes, n’a pas non plus essuyé les compromissions du pouvoir.

Cela ne suffit pas, bien entendu. Aernoudt devra une large part des succès ou des défaites à venir aux hommes dont il aura su s’entourer. Wallons anonymes, ils condamneront le nouveau parti à végéter. Renommés comme autant de Bekende Vlamingen, ils lui permettront de s’installer durablement dans le paysage politique sudiste.

Une chose est sûre : il y a un boulevard à conquérir à la droite du MR de Didier Reynders, là où l’extrême droite n’a jamais pu se développer, là où rien n’a réussi à pousser à ce jour. Les beaux jours que promet Rudy Aernoudt, avec le mélange de candeur et de bonne volonté qui caractérisent les réformateurs en herbe, pourraient y séduire les déçus de la politique traditionnelle et les perdants de la crise.

« La » crise. Le moment ne peut être plus favorable. Depuis le krach de 1929 et le rôle qu’il a joué dans l’ascension du fascisme et du nazisme, chacun sait que la précarité et le désespoir font le lit des idées faciles, sinon extrémistes. Le mécontentement, c’est le temps des « yaka », du « demain on rasera gratis », de « la faute à l’autre ». Ce pourrait être aussi celui de Rudy Aernoudt. Il n’est pas sans savoir combien les errements des politiques néolibérales – qu’il sert par ailleurs – renforcent qui prétend nettoyer les écuries d’Augias.

Autre pays, autre contexte. Rudy Aernoudt n’est pas Christoph Blocher. Il n’est ni nationaliste ni xénophobe. Mais son envie de passer de l’autre côté de la frontière linguistique pour relever la Wallonie n’est pas sans rappeler les efforts que le milliardaire suisse alémanique produit pour implanter son parti – l’Union démocratique du centre – dans les cantons romands.

Populiste, Aernoudt ? C’est certain. Mais espérons qu’il nous restera propre et éthique.

Pas de résultats.