Place à la désobéissance civile
MOREL,PIERRE
Page 9
Lundi 27 octobre 2008
Vottem Les portes du centre fermé ont été bloquées ce samedi
Depuis plus de trois ans, des occupations, manifestations, grèves de la faim ont eu lieu pour envoyer un signal fort aux politiques. Ce signal a été ignoré. Cela nous amène à passer désormais par la désobéissance civile : empêcher les expulsions, bloquer les centres fermés, résister. »
C’est forts de ce mot d’ordre qu’une petite centaine de militants opposés à l’enfermement des étrangers sans papiers ont envahi ce samedi matin le centre fermé de Vottem. Venus de Gand, Bruxelles, Liège mais aussi de Hollande, ils escaladaient à 7 heures du matin les quatre portes du centre et s’enchaînaient en couples à plusieurs portes grillagées extérieures et intérieures pour en empêcher l’ouverture.
Les mains solidement jointes dans un manchon en métal, le « Lock On », certains même suspendus à plusieurs mètres du sol par des cordes de nylon, les manifestants ont ainsi bloqué le centre toute la journée. Sur chacune des portes, une grande poupée de Tchantchès, appelé à la rescousse par les militants en tant que « héros du folklore liégeois et défenseur des nobles causes ».
S’il y eut, selon les manifestants, « un peu de grabuge » quand la police débarqua sur les lieux, les forces de l’ordre prirent rapidement le parti de ne pas tenter le coup de force. « Ils ont annoncé qu’ils partiraient à 16 h 30. On va voir », confiait Marc Paquay, le chef de corps de la police de Herstal. Le Premier échevin de la commune Franco Ianieri confirmait : « Le mot d’ordre, c’est : pas de violences et du calme. » Injonction respectée : toute la journée, manifestants et policiers se sont calmement toisés dans le no man’s land qui sépare les deux rangées de grillages. Vers midi, des jeunes filles ont fait le tour des portes avec un caddie contenant le ravitaillement. Cake végétarien et pain complet au menu. Devant la porte principale, une sono a été installée par les manifestants. Elle éructe son punk-rock puissant dès que cessent les cris de « Libérez les sans-papiers » qui retentissent de toutes parts.
Une famille africaine venue pour une visite se montre d’abord un brin agacée de voir les accès bloqués. « On veut empêcher les expulsions », explique une jeune fille. « Ah, alors c’est bien », sourit le père de famille.
Les manifestants partis dans le calme à l’heure dite, les expulsions ont sans doute repris dès le lendemain. Au moins auront-ils marqué les esprits et rappelé leur détermination.
