Une autre urgence à goma

BRAECKMAN,COLETTE

Page 16

Mardi 28 octobre 2008

Bien sûr, les manifestants de Goma seront blâmés, accusés d’être manipulés : s’en prendre à une force de paix, qui empêche sans doute leur ville de tomber aux mains des groupes rebelles, cela n’est jamais bien vu. Mais on ne peut que comprendre l’exaspération des Congolais devant les incohérences de la Mission des Nations unies au Congo. Non seulement certains de ses soldats (minoritaires il est vrai) se sont rendus coupables d’abus sexuels, de trafics d’or, de minerai et de pointes d’ivoire (à Bunia), mais au Nord-Kivu, les soldats de la paix refusent obstinément de remplir le mandat qui leur avait été confirmé en décembre 2007 : appuyer les brigades intégrées des forces gouvernementales pour venir à bout de toutes les bandes armées. C’est-à-dire restaurer l’autorité de l’Etat et mettre hors jeu les « spoilers », ceux qui perturbent le jeu, qu’il s’agisse des combattants hutus ou des rebelles de Laurent Nkunda qui assurent vouloir renverser le pouvoir en place à Kinshasa.

On en est loin : en décembre 2007, la défaite gouvernementale à Mushake devant les forces de Nkunda a été due, en partie, au fait que le contingent indien de la Monuc avait fait défection en dernière minute. Et cette année, alors que la province est ruinée, que 1.200.000 déplacés ont tout perdu et que le conflit pourrait s’internationaliser, les observateurs onusiens sont incapables de distinguer entre les belligérants, incapables de surveiller la frontière rwandaise pour y déceler d’éventuelles incursions, incapables d’empêcher la reprise du camp de Rumangabo !

A quoi sert cette mission qui absorbe un milliard de dollars par an ? Deux bataillons supplémentaires amélioreront-ils quelque chose ? Ne faudrait-il pas imaginer, d’urgence, un relais à la Monuc, une force européenne de dissuasion, ou, au minimum, une force de police composée d’observateurs neutres et crédibles ? En ces temps de mensonge ou d’hypocrisie, la vérité ferait plus d’effet que de nouveaux contingents… Les Américains sont en ce moment aux abonnés absents, et d’aucuns en profitent pour faire monter les enchères. Et les Européens, et les Belges ? Le sauvetage du système bancaire n’est pas la seule urgence du moment.

Pas de résultats.