Morales suspend l’agence anti-drogue américaine

n.c.

Samedi 1er novembre 2008

Le président bolivien Evo Morales a annoncé la suspension de toutes les activités de l’agence anti-drogue américaine (DEA), l’accusant d’avoir fomenté un soulèvement civil dans cinq des neuf départements du pays, qui avait fait 19 morts en septembre.

« A partir d’aujourd’hui (samedi), toutes les activités de la DEA nord-américaine sont suspendues (pour une durée) indéfinie », a annoncé le chef de l’Etat bolivien. M. Morales, ancien planteur de coca élu en 2006, a fait cette annonce à Chimoré, localité productrice de coca, dans le Chapare (centre), où il dressait le bilan du programme d’éradication de la coca et de la lutte contre le trafic de drogue. Le président bolivien a également affirmé que « le personnel de la DEA avait soutenu le coup d’Etat qui a échoué en Bolivie » en référence au soulèvement populaire du mois de septembre dans cinq départements gouvernés par la droite, Santa Cruz, Beni, Pando, Tarija et Chuquisaca où 19 personnes avaient trouvé la mort. Le président Morales n’a pas précisé si cette suspension s’accompagnait d’un ordre d’expulsion de la DEA.

Samedi dernier, le dirigeant avait menacé la DEA d’expulsion si elle se livrait à « une activité politique » en Bolivie. « Si la DEA ne mène pas d’action politique, nous la respectons, mais si la DEA se livre à une activité politique, il est préférable qu’elle s’en aille », avait averti M. Morales, dans un discours cité par le quotidien La Razon, à l’occasion d’une réunion publique à Montero (est). « Nous ne permettrons jamais que les politiques de coopération soient soumises à des conditions, comme c’est le cas avec les Etats-Unis », avait alors souligné le président bolivien.

Au début du mois d’octobre, M. Morales avait rejeté une demande de survol du territoire bolivien présenté par la DEA arguant « n’avoir aucunement besoin de l’espionnage de quiconque » dans la lutte contre le trafic de drogue.

M. Morales entretient des relations conflictuelles avec le gouvernement américain, dont il a expulsé l’ambassadeur en septembre, lui reprochant d’avoir soutenu l’opposition. Le président américain George W. Bush a récemment proposé de suspendre les avantages douaniers accordés à la Bolivie dans le cadre de la loi de promotion du commerce avec les Andes et d’éradication de la drogue (ATPDEA) en raison, selon Washington, d’un manque de coopération dans les actions contre le trafic de drogue. Cette loi permet à la Bolivie, mais aussi à l’Equateur et à la Colombie, d’exporter des marchandises vers les Etats-Unis sans avoir à payer de taxes douanières, en échange d’une coopération contre le narco-trafic. Dans le cadre de cette loi, la Bolivie exporte aux Etats-Unis l’équivalent de quelque 400 millions de dollars de marchandises par an.

L’ambassadeur des Etats-Unis à La Paz, Philip Goldberg, avait été déclaré persona non grata début septembre par Evo Morales, qui l’accusait d’avoir soutenu le mouvement de révolte déclenché dans les régions contrôlées par l’opposition libérale qui rejetait son projet de Constitution socialiste. Quelques jours après, Washington avait annoncé avoir placé la Bolivie sur une liste noire de pays qui ne mènent pas une lutte suffisante contre le trafic de drogue.

(afp)

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