Et pourtant, ils tournent !

STIERS,DIDIER

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Vendredi 7 novembre 2008

Cinéma Sortie en DVD de « Cinéastes à tout prix »

Il y avait de l’amour dans l’air, au Jacques Frank, mercredi. Avec la 35e édition du Festival du Film Indépendant qui débute, la sortie en DVD de Cinéastes à tout prix a été l’occasion de belles embrassades. Le docu de Frédéric Sojcher, consacré aux trois réalisateurs belges les plus en marge de l’industrie du cinéma, n’aurait pu voir le jour sans l’aide du Centre de cinéma et de l’audiovisuel de la Communauté française. En soi, c’est déjà exceptionnel vu ce que tournent ces trublions. Fadila Laanan a rendu un bel hommage à Jean-Jacques Rousseau, présent et cagoulé, « pour son talent, sa pugnacité et l’extraordinaire candeur qu’il a su conserver ». Noël Godin y est allé d’un compliment : « Il représente le vrai cinéma populaire. »

Expérimental

et croquignolesque

Sojcher coordonne aussi un ouvrage consacré à la direction d’acteur et un bouquin intitulé Jean-Jacques Rousseau, cinéaste de l’absurde, qui complétera ce double DVD, farci de bonus croquignolesques : bouts d’interviews (« art brut » et « cinéma sauvage » sont des termes qu’on y entend plus d’une fois), extraits de débats, scènes additionnelles et un film par cinéaste.

Irkutz de Jean-Jacques Rousseau est expérimental au point, dit-il, qu’il peut occasionner des réactions violentes chez certains spectateurs. Il y est question de goulag, de centrale nucléaire, d’anciens nazis et de nouveaux soviétiques tous aussi totalitaires… Gestapo contre maquisards est signé Max Naveaux, le seul cinéaste (belge sûrement, et peut-être même au monde) à avoir pu tourner des films de guerre avec du matériel en parfait état de marche (balles comprises), prêté par la Défense nationale ! Enfin, César Babarius contre les Bassi-mosans de Jacques Hardy, enseignant à la retraite autodidacte, adapte Astérix à la sauce wallo-communautaire : un péplum en costumes, où l’on croise un sénateur romain sosie de l’un des frères Happart (et ce n’est pas fortuit), où l’on boit du Fortix avant de passer à l’action.

Verdict ? Si croire au cinéma, c’est être fou, ces Ed Wood de chez nous sont bons pour la collocation immédiate. Non seulement, ils zappent allègrement les standards de la réalisation, mais ils épatent en allant au bout de leur truc, avec détermination et liberté.

Cinéastes à tout prix (Mélimédias/Imagine Film Distribution).

La direction d’acteur (coll. Caméra Subjective, éd. Du Rocher).

Jean-Jacques Rousseau, cinéaste de l’absurde (éd. Archambaud/Klincksieck).

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