À 14-18, La PAIX RECONNAISSANTE

MARTIN,PASCAL

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Lundi 10 novembre 2008

Ce devait être la der des der. Ce fut l’entame d’un siècle cataclysmique, un champ de bataille mondial et permanent. Des hommes massacrés par millions. Des armes toujours plus meurtrières. Un art de la guerre qui, pour s’être longtemps prévalu de la tradition chevaleresque, optait sans ciller pour une efficacité toute mécanique.

Depuis une vingtaine d’années, on redécouvre 14-18. Lorsque nous étions gosses, l’instituteur nous racontait l’Yser, l’exploit du caporal Trésignies et la ténacité du Roi-Chevalier… Celle que l’on appelait la Grande Guerre tenait encore lieu de mythe fondateur de la Belgique, tout en devenant, a contrario, l’alibi du mouvement flamand.

Puis 14-18 disparut peu à peu des mémoires. Une autre guerre, plus folle, plus lourde, allant jusqu’à faire l’apologie d’une race pour en détruire d’autres, prit le devant de la scène. Les témoins de la première se firent chaque jour moins nombreux, alors que ceux de la seconde faisaient table rase du passé.

Deux guerres, c’en était trop. Ce fut le début des alliances supranationales à l’Ouest, de la concertation sociale, du développement économique. Il est patent aujourd’hui de constater combien de discours, de politiques et de lois s’inspirent des leçons de la Seconde Guerre mondiale, alors que 14-18 est depuis longtemps reléguée aux dépôts de gerbes. Compassés au Sud. Polémiques parfois au Nord.

Est-ce l’arrivée d’une nouvelle génération d’historiens ? Est-ce le retour en fanfare de l’histoire événementielle ? Une pointe de romantisme ? La Grande Guerre fait à nouveau parler d’elle. Des livres et des films grand public lui sont consacrés. Et l’on comprend que, presse-bouton ou non, la guerre est un poison qui abreuve depuis trop longtemps nos sillons. Qu’on l’ait, depuis, exportée en dehors de nos frontières peut soulager les corps, jamais les consciences.

Ecrire que l’Histoire repasse les plats et que celui qui l’ignore prend le risque de refaire les erreurs du passé est un lieu commun. C’est pourtant bien parce que les leçons de 14-18 ne furent pas tirées que 40-45 eut en partie lieu. Ce 90e anniversaire de l’armistice n’est pas une fête pour artificiers. Mais le rappel que la paix elle aussi à un prix.

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