Karel De Gucht cumule les problèmes
COPPI,DAVID
Mercredi 19 novembre 2008
Fort en gueule et hors normes dans notre paysage politique, le ministre des Affaires étrangères cumule quatre problèmes politiques majeurs à lui seul…
A-t-on jamais vu un ministre de haut rang tenir coup sur coup des propos aussi incendiaires pour ses collègues et son gouvernement ? Non. De Gucht le fait.
D’abord dans la Libre il y a deux semaines, en déclarant que Leterme Ier tourne en rond (socio-économique, immigration…) et que dans ces conditions, mieux vaut convoquer des législatives anticipées en 2009.
Puis dans le Morgen mardi, où le ministre des Affaires étrangères fustige Charles et Louis Michel, ministre fédéral de la Coopération au développement et commissaire européen à la Coopération, jugeant l’approche du premier au Congo « déloyale et inefficace », appelant Yves Leterme à « prendre les mesures appropriées » contre celui qu’il qualifie de « dissident », et décochant à l’intention du second : « Si la situation au Congo est le fruit de la politique de Michel, cela interpelle, elle n’a jamais été aussi navrante. »
Karel De Gucht exige du père et du fils qu’ils cessent de se produire à sa place dans le concert diplomatique belgo-congolais. Où, lui, continue de jeter de l’huile sur le feu, déclarant à propos du chef de gouvernement de l’ex-colonie : « Que l’on parle à Kabila ou pas n’a pas d’importance, cela ne change jamais rien. (…) Je n’ai jamais été un fan de Kabila, contrairement à mon prédécesseur Louis Michel. » Et à propos du chef des rebelles, Laurent Nkunda : « Il craint d’être un jour inculpé pour crime contre l’humanité devant la Cour pénale internationale, ce qui explique pourquoi il veut tant négocier à présent. »
Charles Michel a réagi, sobre et implacable : « Je constate que le monde entier parle à Kabila et au gouvernement congolais, qu’il s’agisse de Ban Ki-moon, de Bernard Kouchner, de Condoleezza Rice… Je suis certain que Barack Obama le fera aussi. Le Premier ministre, Yves Leterme, lui a parlé et moi-même je l’ai fait. Pour le reste, je ne ferai aucun commentaire sur les déclarations de M. De Gucht. Je veux être un homme de solution, pas un homme qui crée polémique et problèmes. »
Un libéral flamand avisé résume, « off the record » : « Karel n’a plus d’interlocuteur sur la scène belgo-congolaise, où il est devenu irrelevant, et il n’a plus d’interlocuteur sur la scène belgo-belge. Mais il va s’entêter, comme il sait. Et puis, il reste un poids lourd au VLD, quoi qu’on dise. »
Karel De Gucht représente une facette du problème VLD, son parti, un vrai Rubik Cube.
Additionnez ceci : les coups de boutoir congolais du ministre des Affaires étrangères ; son incrimination dans un présumé « délit d’initié » pour la vente d’actions Fortis ; celle de son compère Patrick Dewael pour des promotions préférentielles dans son cabinet ministériel ; le micmac autour du départ de Noël Slangen, gourou des libéraux flamands, empêtré dans un conflit d’intérêts avec sa boîte de communication… Sachez encore que De Gucht exécute les Michel dans le Morgen le lendemain après que son président de parti, Bart Somers, eut appelé à… pacifier les relations au fédéral !
Les bleus flamands sont hors contrôle. Les frasques de Karel De Gucht en sont une traduction, comme, au sein du gouvernement, l’obstination d’Annemie Turtelboom (ministre-mystère…) à s’asseoir sur l’accord de majorité en matière d’asile et d’immigration.
L’idée de voir Guy Verhofstadt revenir au pays pour les élections européennes, et réinstaller un certain leadership dans le camp des bleus, devient chaque jour plus essentielle pour un parti désaxé.
Un point culminant : alors que Karel De Gucht, la semaine dernière, est en difficulté pour son délit d’initié autour de Fortis, Didier Reynders laisse tomber, en guise de soutien, que lui seul peut juger s’il est encore en capacité d’assumer ses fonctions ministérielles… L’amabilité est perçue comme une agression. C’est devenu la règle entre les deux formations. Voir, aujourd’hui, les attaques contre les Michel, mais aussi : durant le week-end des 3 et 4 octobre, Karel De Gucht (toujours lui) s’oppose à l’opération Fortis-Paribas orchestrée par Didier Reynders ; dans le budget 2009, le VLD recale la taxe-avions du même Reynders ; Marino Keulen, VLD, ministre flamand des Affaires intérieures, stigmatise les bourgmestres non nommés (MR-FDF) de la périphérie… Croche-pieds, crocs-en-jambe : les bleus s’adorent tous les jours.
Nous y reviendrons, mais la fumée continue entre les bleus nuit gravement à la santé du gouvernement fédéral, déjà chancelante.
