L’intimité d’Hergé à l’encan

COUVREUR,DANIEL

Page 31

Mercredi 19 novembre 2008

Marché de l’art Vente de BD à Paris

Artcurial disperse à Paris 136 lettres, 182 photos et des croquis de Hergé. Georges Remi liquide son patrimoine.

J’aurais préféré que les choses se passent autrement. Ce n’est pas par vénalité que je me sépare de ces documents que ma sœur et moi avions hérités de Germaine, la première femme de Hergé. »

Ce vendredi 21 novembre, Georges Remi, le neveu de Hergé, tirera un trait définitif sur son passé. « J’ai quelques scrupules à mettre en vente cette correspondance entre Hergé, Germaine, Jacobs et Evany, deux autres fondateurs du journal Tintin. Mais j’ai plus de 60 ans et je veux tourner la page. J’ai informé Fanny Rodwell, la légataire universelle de Hergé, que je ne souhaitais plus conserver ces lettres, ces photos et ces croquis. Je n’ai pas eu de réponse. Ce n’est pas une vente spéculative. Il n’y a ni scénario ni image de bande dessinée dans ce lot. Je les mets en vente publique pour en finir. Le mot est sans doute un peu fort mais je ressens ça comme une amputation. Ça va me faire du bien de rompre définitivement avec cet univers. Quand on a commencé à construire le Musée Hergé en face de chez moi, à Louvain-la-Neuve, j’ai su que le moment était venu de tout liquider. J’ai déménagé dans le Cotentin et à Dieu vat ! »

Lignes de vie et de sincérité

Le lot 31 mis en vente par Georges Remi est estimé entre 15 et 20.000 euros. Une somme peu élevée, en regard d’autres pièces pour tintinophiles qui seront proposées aux enchères. A titre de comparaison, les experts attendent au moins 24 à 28.000 euros d’un Tintin au pays des Soviets de 1930, numéroté à 500 exemplaires et signé par Tintin (Hergé) et Milou (Germaine). L’importance des lettres de Hergé est d’un tout autre ordre que financier pour son biographe officiel, Philippe Goddin. Il s’agit, dit l’auteur de Lignes de vie, d’un patrimoine essentiel à la compréhension de la personnalité et de la vie de Hergé.

« Dans ses lettres, Hergé se livre tel qu’il est, en toute sincérité. Il raconte ses moments de désarroi, de séparation, de crise conjugale, de crise artistique quand il ne croit plus dans l’avenir de Tintin et qu’il renie tout ce qu’il a fait autour de 1947-1948. Le vrai Hergé, celui qui ne se dissimule pas, est dans ces lettres, parce qu’il n’a jamais imaginé que quelqu’un d’autre lirait ces courriers ni qu’ils pourraient être un jour publiés. Le ton est donc radicalement différent des interviews formatées de l’époque. Ces lettres parlent aussi du rapport de Hergé à Tintin, à la célébrité, à la vanité des choses, à l’argent. C’est une mine pour les historiens et les biographes. Georges Remi m’avait autorisé à les consulter pour la rédaction de la biographie de Hergé. Ce serait dommage de les voir quitter la Belgique. La Fondation Roi Baudouin, la Bibliothèque Royale, la Loterie Nationale ou les Studios Hergé devraient tenter de les acquérir ! »

« On nous a signalé la mise en vente de ces lettres d’un grand intérêt pour les historiens mais pas pour l’iconographie du Musée Hergé, répond Marcel Wilmet, porte-parole des Studios Hergé. Nous ne comptons pas faire d’offre, même si nous partageons la crainte de Philippe Goddin de voir ces lettres et photos revendues plus tard à la pièce et donc devenir impossibles à consulter. »

Artcurial, vente du 21/11, Hôtel Marcel Dassault, 7 rond-point des Champs-Elysées, Paris. www.artcurial.com

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