Distinguer les propos tenus en public ou en privé

n.c.

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Jeudi 20 novembre 2008

Carte blanche

Jean Bricmont Professeur à l’UCL Lieven De Cauter Professeur à la KU Leuven Rudy Laermans Professeur à la KU Leuven Anne Morelli Professeure à l’ULB

Dans un récent communiqué, le Mrax (Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie) annonce qu’il porte plainte contre Michel Delacroix, sénateur d’extrême droite francophone, à cause de propos antisémites filmés dans une « vidéo de famille » ainsi que contre Patrick Cocriamont, député FN, dont le « Mrax détient un enregistrement audio de propos négationnistes » (1).

Le problème que ces plaintes soulèvent est celui des méthodes utilisées. Jusqu’à présent, la répression de propos « antisémites, racistes, homophobes », etc., se limitait à des propos publics, l’idée fondamentale qui est supposée justifier la censure étant qu’il faut empêcher de tels propos d’exercer une influence qui pourrait amener certains individus à commettre des actes illégaux.

Mais en poursuivant des gens pour des propos tenus en privé et qui étaient destinés à le rester, on franchit une étape supplémentaire et extrêmement grave.

La question n’est pas de savoir si les propos incriminés sont odieux (ils le sont) mais de réfléchir aux conséquences inévitables de ce type de poursuites. Toute personne qui a des idées politiquement incorrectes sur quelque sujet que ce soit ou qui pense simplement que ses propres idées sont « incorrectes », devra dorénavant se méfier de toute expression de telles idées, même en privé, et même avec des « amis » (à cause des méthodes d’infiltration utilisées à l’encontre du FN). Que peut-on imaginer de plus totalitaire comme climat ? Est-ce que le plaisir d’embêter des membres du FN justifie de sacrifier à ce point nos libertés les plus élémentaires ?

On répondra sans doute que seules les idées « vraiment horribles », comme celles poursuivies ici, seront attaquées. Mais tout le problème est que le législateur a confié à certaines organisations, comme le Mrax, le droit de se porter partie civile dans ce genre d’affaire et, par conséquent, de décider souverainement ce qui doit et ne doit pas être poursuivi. Bien sûr, on peut espérer que les tribunaux auront le bon sens de ne pas donner suite à ce genre de plaintes, mais le simple fait de pouvoir être traîné devant les tribunaux pour des propos purement privés fait déjà peser une menace inacceptable sur l’ensemble des citoyens.

Nous demandons par conséquent que le Mrax non seulement retire immédiatement ces plaintes, mais lutte dorénavant pour l’abolition de toutes les lois qui rendent possible ce genre de poursuites.

Le véritable antifascisme consiste à défendre les libertés, pas à les assassiner au nom de la « lutte contre l’extrême droite. »

(1) « STOP aux propos antisémites et négationnistes ! Le Mrax forme 3 plaintes contre les (Présidents f.f. des) 2 “Front National“ », Communiqué de presse du vendredi 14 novembre, disponible sur www.mrax.be. Le Soir du 14 novembre.

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