Le PS français aura sa première secrétaire ce week-end
MESKENS,JOELLE
Samedi 22 novembre 2008
France Scrutin serré pour la tête du PS français.
Martine Aubry et Ségolène Royal étaient au coude-à-coude à 50-50 au second tour de l'élection du Premier secrétaire du PS, selon les aubrystes. D'autres informations non confirmées faisaient état d'une victoire de Ségolène Royal avec entre 52% et 53% des voix.
PARIS
De notre envoyée permanente
Le doute, jusqu’au décompte final. On ne connaîtra que cette nuit le nom du successeur de François Hollande. Mais une certitude : le chef de file de l’opposition française sera désormais une femme. Dans la nuit de jeudi à vendredi, Ségolène Royal et Martine Aubry se sont qualifiées pour le tour final. L’ancienne candidate à la présidentielle a obtenu 43 % des voix des militants. Martine Aubry a rassemblé 34 % des adhérents. Arrivé troisième avec 23 % des voix, Benoît Hamon est éliminé. Mais à peine le score connu, le jeune tenant de l’aile gauche du parti s’est aussitôt rallié à la maire de Lille. « J’appelle à voter massivement pour Martine Aubry », a-t-il lancé sans la moindre ambiguïté. Sur le papier, l’ancienne numéro deux du gouvernement Jospin devient donc la favorite. Mathématiquement, si les voix de Benoît Hamon se reportent sur elle, elle emportera la bataille. Mais les choses sont bien plus complexes qu’une simple addition. Le camp Royal veut croire que la dynamique joue en sa faveur. La présidente de la région Poitou-Charentes obtient presque 13 points de plus que lors du vote sur les motions, début novembre. Surtout, c’est elle et non pas Martine Aubry qui obtient le meilleur report de voix dans le camp Delanoë. Le maire de Paris « pesait » 25 % lors du vote sur les motions. Royal aurait récupéré 13 % de
ses soutiens, Aubry, 9 % et Hamon, 3 %. Décidément, la séquence est cauchemardesque pour Delanoë, qui partait encore grand favori il y a trois semaines et qui se voyait déjà tout en haut de l’affiche en 2012.
L’héritier de Lionel Jospin, qui n’était déjà parvenu à s’imposer ni lors du vote sur les motions ni lors du congrès de Reims, n’a pas non plus réussi à affirmer son autorité sur ses troupes. Son appel à voter Aubry n’a pas été entendu. Pire : il a pris une claque cinglante dans son propre fief. Dans sa section du XVIII e arrondissement de Paris, Ségolène Royal a obtenu la majorité absolue : 53 % des voix !
A peine qualifiées pour la finale dames, les deux prétendantes à la direction du parti ont entamé la chasse aux voix de Benoît Hamon. Martine Aubry s’est dit « heureuse « de son ralliement et a promis que Hamon aurait bien entendu sa place dans l’équipe dirigeante. Et de souligner sa proximité politique avec le quadra qui a percé lors de cette campagne : comme lui, elle plaide pour un ancrage à gauche. Mais Ségolène Royal n’entendait pas laisser ces deux-là se faire les yeux doux. Elle s’est empressée de souligner que les militants ayant choisi Hamon l’avaient fait pour témoigner d’un désir de renouvellement. Et que, justement, le renouvellement, c’est elle qui pouvait le mieux l’incarner. Plus audacieux encore : elle n’a pas hésité à mettre en avant son propre ancrage… à gauche, alors qu’avec des gens comme Manuel Valls à ses côtés, elle représente plutôt l’aile droite du PS. C’est que tous les moyens semblaient bons pour peser dans la balance.
Quel que soit le vainqueur, cette nuit, le parti allait devoir entamer une sérieuse mutation. Martine Aubry promet le changement, elle aussi. Mais si elle l’emporte, elle devra son élection à tous les anciens éléphants : elle aura en effet eu l’appui des frères ennemis Jospin et Fabius, de Delanoë, mais aussi celui, lointain, de Strauss-Kahn qui, de Washington, avait marqué sa préférence pour elle dès cet été. Elle devra alors renoncer à les récompenser mais promouvoir plutôt une nouvelle génération. Rude tâche quand on connaît le poids de ces barons. Il lui faudra ensuite replacer le social au cœur du parti, comme elle l’a promis.
Si c’est Ségolène Royal qui l’emporte, la difficulté ne viendra pas de la formation de son équipe (elle a déjà largement dévoilé le casting, avec Vincent Peillon aux manettes, bardé d’un poste de premier secrétaire délégué) mais du pouvoir réel dont cette équipe disposera. Car elle aura beau avoir la légitimité du vote des militants, elle n’aura pas le soutien du vieil appareil. Et il lui faudra donc « cohabiter « avec les anciens courants. Epineux, pour mener la révolution qu’elle prétend incarner : faire du PS un parti de masse en baissant les cotisations des adhérents et tendre la main au centre de François Bayrou. Elle a promis une consultation des militants sur ce thème ô combien sensible mais ne cache pas son envie d’un nouveau « Front populaire », rassemblé sur des valeurs essentielles communes, pour s’opposer à Nicolas Sarkozy.
L’élection de cette nuit sera donc loin de clore la séquence. Elle ouvrira au contraire un grand chantier qui devra être mené au pas de charge. Car il ne reste qu’un peu plus de trois ans avant la prochaine élection présidentielle…
