Dernier coup de force de Daerden
WAUTERS,LAURENCE; LAMBERT,EDDY
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Vendredi 21 novembre 2008
Politique Le ministre se met à la disposition du PS pour les élections régionales
Explications. Les élections régionales de juin 2009 s’organisent et il n’est pas difficile d’en dessiner l’enjeu principal : le MR tentera de devenir la première force politique de Wallonie, avec un Didier Reynders qui pourrait tirer la liste liégeoise, tandis que le PS – privé des encombrants scandales d’antan – entend bien conserver sa place de choix sur l’échiquier. « Nous allons aligner toutes nos forces dans la bataille », a prévenu Willy Demeyer, bourgmestre de Liège et président de la fédération PS liégeoise, la plus importante de Wallonie en nombre d’affiliés.
La composition d’une liste est d’abord discutée entre « sages », ébauchée, puis soumise à l’approbation des affiliés. Au sein du PS liégeois, les premières lignes se dessinaient déjà : Jean-Claude Marcourt ou Willy Demeyer en tête de liste, Isabelle Simonis (bourgmestre de Flémalle) en deuxième position et Frédéric Daerden (bourgmestre de Herstal) troisième. Michel Daerden avait quant à lui annoncé qu’il se mettrait « à la disposition de son président Di Rupo » pour pousser la liste européenne.
Mais tout bien réfléchi, Daerden père ne se sent peut-être pas prêt à manger de la choucroute alsacienne à tous les repas. Rajeuni par les petits coups de bistouri, surfant sur sa « Daerdenmania » qui ne s’essouffle pas, le ministre liégeois aux multiples portefeuilles pourrait voir d’un mauvais œil son collègue en charge de l’économie wallonne propulsé sous les feux des projecteurs électoraux. Rappelons qu’il s’agit là d’une première élection régionale pour Jean-Claude Marcourt et que celle-ci, s’il était tête de liste, pourrait largement conforter sa position au sein du parti. En lui permettant, par exemple, d’espérer décrocher la ministre-présidence de la Région… Un vrai cauchemar pour Michel Daerden, peu enclin à partager gloire et pouvoir avec un autre ministre liégeois.
Il soutenait Willy Demeyer pour la tête de liste afin de garder son collègue régional en respect. Un accord semblait émerger pour que Jean-Claude Marcourt s’empare de la première place… « Puisqu’il faut la liste la plus forte possible, je suis prêt à tirer la liste régionale. Jean-Claude Marcourt pourrait prendre la troisième place, et Willy Demeyer pousser la liste », explique-t-il. Avant d’étayer ses dires : « J’apprécie beaucoup Jean-Claude Marcourt, c’est un excellent chef de cabinet, un bon ministre, mais il doit encore gagner la population et je sais qu’il fait beaucoup d’efforts pour y arriver. Mais celui qui n’a pas compris que le MR allait jeter toutes ses forces dans la bataille n’a rien compris à la politique. Willy a dit qu’il fallait une liste forte ? Je suis prêt à la renforcer, et bien évidemment cela doit être fait en accord avec mon président Di Rupo. Restons logiques. Un des pouvoirs clés du futur sera la Région. Je suis ministre régional depuis plus de dix ans… Chacun comprendra donc que ma préférence naturelle, c’est la Région. »
Reste le problème familial. De taille : deux membres d’une même famille ne peuvent être candidats sur la même liste. Pas de place aux élections régionales signifie pour Frédéric Daerden la perte du siège de député qu’il détient depuis 1999. Et le report des rêves ministériels…
« Evidemment, c’est un problème, commente son père, mais je conseille à Frédéric, si je tire la liste régionale, d’aller à l’Europe. D’autres ont fait ce chemin, tel Elio Di Rupo, et ça ne les a pas empêchés de revenir ensuite dans des fonctions intéressantes. »
L’annonce de Michel Daerden crée la surprise au sein du PS : Willy Demeyer et le « président Elio » ont d’ailleurs tout de suite décidé de rencontrer les intervenants. Avec une même motivation, émise par tous les acteurs de cet enjeu : conserver un PS liégeois uni.
« La popularité est-elle le seul critère pris en compte ? »
« Michel Daerden se considère comme candidat naturel à tout en raison de son statut médiatique, mais les décisions seront prises par les instances du PS. Le parti doit aujourd’hui décider des critères qui le poussent à choisir son candidat à la tête de liste : la popularité est-elle le seul critère pris en compte ? Ou va-t-on également prendre en compte l’image du candidat, l’image que l’on veut insuffler à la liste ? La liste va-t-elle montrer une image de renouveau, de modernité ? Va-t-elle donner une autre image des Wallonnes et des Wallons ? Va-t-elle leur montrer une image positive d’eux-mêmes ? Nous sommes dans une période très difficile durant laquelle les gens souffrent. Il faut leur donner l’image d’une Wallonie qui bouge, qui les incite à la fierté. La Région wallonne, et la région liégeoise en particulier, c’est mon combat quotidien. Elle mérite de vrais grands projets collectifs tant sur le plan économique que social et culturel. »
« Nous devons conserver notre unité »
« La composition des listes se travaille actuellement. Nous sommes en pleine discussion. Et jusqu’à présent, les négociations sur la tête de liste portaient sur Jean-Claude Marcourt ou moi. Michel Daerden annonce qu’il est candidat à la tête de liste ? Ça sera peut-être ça, ça ne dépend pas que de moi, il faudra voir avec les instances, les affiliés, le président (du PS, NDLR). Le débat va porter sur plusieurs paramètres. C’est une chose de faire des voix, une autre de donner une coloration à une liste. Je constate que ma manière de faire de la politique est proche de celle de Jean-Claude Marcourt et n’est pas la même que celle de Michel Daerden. La tête de liste repose sur une question : quelle est l’image que le parti veut donner ? Je vais contacter Michel Daerden aujourd’hui (hier jeudi), réunir tout le monde, nous allons discuter. Tout devra se régler dans la même unité que celle que nous affichons depuis deux ans. Avec cette unité, nous avons pu avancer sur beaucoup de dossiers. »
« Mon père m’en a évidemment parlé »
« En 1999, quand j’ai été pour la première fois sur les listes régionales, mon père était ministre fédéral sortant. Ce qui a perturbé l’organisation, c’est que le président (du PS, NDLR) a fait mon père ministre à la Région wallonne et pas au fédéral. Nous nous retrouvions tous deux au régional et il était difficile de sortir de la logique de départ. Mon père m’a évidemment parlé de son intention de se mettre à la disposition du parti pour tirer la liste régionale. C’est clair qu’avec lui premier, Isabelle Simonis deuxième et Jean-Claude Marcourt troisième, le PS pourrait aller chercher un maximum de voix. C’est clair aussi que figurer sur la liste européenne ne constitue pas mon choix préférentiel, mais on peut être député européen et bourgmestre tant que la ville n’a pas plus de 50.000 habitants. C’est un niveau de pouvoir qui influence la politique du pays et de la Région, ce n’est donc pas une voie de garage. Même si ce poste ne permet pas d’avoir la même visibilité pour la population et la même médiatisation. »
Daerden est au vin ce que le beaujolais est à la politique...
Il est gonflé, le camarade Michel ! Le même jour, dans la presse, il revendique la tête de liste aux régionales et teste, pour toi public, le Beaujolais nouveau. Verdict ? « C’est de la limonade… » Pas la tête de liste, le Beaujolais. Eh oui, ça lui retourne l’estomac de goûter un cru à 6,80 euros. Monsieur ne connaît pas la crise.
Ah, « Papa » ! Un as pour raviver, aussitôt qu’elle s’attiédit, la « mania ». (Tiens, sait-il que, dans la mythologie grecque, Mania est une divinité personnifiant la folie ?) Il y avait le Daerden faisant son cinéma sur YouTube, de la veine des comédies franchouillardes bêtes et graveleuses qui ne font rire que les beaufs. Voici à présent Daerden le testeur. Tout y passe. Les routes à moto, le vin, le lifting. Non, pas le lifting. Ça, personne ne devait le savoir.
Il a du culot ! Son parti l’invite à plus de sobriété, au moins en public, et le plus « buzzeur » des ministres s’en jette un dans la gazette. Willy Demeyer et Jean-Claude Marcourt tirent à la courte paille la tête de liste, et l’homme aux 93.000 voix les renvoient à leurs études, sacrifiant au passage son fils. Ah, Willy et Jean-Claude… Ils n’ont rien pigé. Foin des dossiers, des convictions, du sérieux ! Soyez « people », « bling-bling ». Chantez sur scène. Exhibez-vous en compagnie de Jean-Claude Van Damme. Libérez le Gainsbarre qui est en vous.
