Merci mille fois, monsieur Keulen
BOUILLON,PIERRE
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Mardi 25 novembre 2008
Ou disons : étions inquiets. Depuis deux mois, nous avions noté que nos responsables se mettaient à négliger le débat linguistique. Monsieur Keulen : merci. En re-refusant la nomination des maïeurs francophones de la périphérie (coupables d’avoir convoqué l’électeur dans sa langue, ce qui est abject), vous ramenez l’essentiel à l’avant-plan. Les sans-emploi (qui désespèrent), les travailleurs (qui trouillent), les entreprises (qui suffoquent), les ménages (qui trinquent), et parmi tout ça, quelques-uns de vos électeurs sans doute, tous salueront votre nom comme celui qui a recentré l’agenda sur les véritables priorités du moment.
Nous étions inquiets, aussi, d’observer ce trop paisible dialogue institutionnel piloté par votre ministre-président Kris Peeters. Il nous était dit que le climat était constructif. Grâce à vous, il s’enlise. Grâce à vous, on renoue avec les cris et colères de l’hiver 2007. Quand Flandre et Wallonie en étaient à s’insulter. Quand le pays accédait enfin à la renommée internationale (qu’il était doux, non ?, le temps où, de Tokyo à New York, on pariait sur notre éclatement). Vous vous êtes souvenu que nos crises sont un levier puissant pour capter l’investisseur – bravo ! Le pire, c’est que ce débat institutionnel menaçait de produire un résultat – un compromis avec ses laideurs, soit. Votre geste pourrait ruiner cette perspective. Et le plus joli, c’est que ça ne vous rapportera rien. Vous savez en effet qu’en juin, les scores du Belang, de la N-VA, de Dedecker seront inversement proportionnels aux avancées régionalistes qu’espéraient engranger CD&V et VLD (votre parti). Vous vous êtes souvenu qu’un accord consistant déforcerait les partis radicaux – vous êtes génial. Vous savez en sus que votre décision vous rapportera peu, à vous, sur le plan personnel. L’on sait si bien, en effet, que singer les extrémistes leurre mal leur électorat, habitué à distinguer le vrai de ses pâles copies. Un geste gratuit : il n’en est que plus beau.
