Les fantômes du passé resurgissent toujours
WYNANTS,JEAN-MARIE
Mardi 25 novembre 2008
Scènes Au Théâtre des Martyrs
En décidant de monter cette belle et sombre pièce d’Henrik Ibsen, Elvire Brison a tout d’abord demandé une nouvelle adaptation à Jacques De Decker. Rien de révolutionnaire ni de « moderne » mais une langue qui coule de source et fait surgir au détour du moindre mot la complexité des sentiments, les rancœurs dissimulées, les émotions jamais exprimées.
Elle a ensuite choisi de se passer du traditionnel décor d’intérieur nordique étouffant. La grande scène des Martyrs n’est occupée que par un dédale de larges marches en bois où l’on monte et descend sans cesse, surgissant de nulle part, disparaissant vers le rien. Le seul autre élément de décor est un écran en fond de scène où apparaît un ciel envahi de nuages aux formes et aux atmosphères changeantes. Un dispositif discret qui vient parfaitement compléter et souligner l’ambiance des différentes séquences.
Au milieu de ce dispositif épuré, les acteurs sont en première ligne. Et prolongent ce parti pris de simplicité et de discrétion par un jeu tout en finesse. John Dobrynine et Erika Sainte sont un père et une fille aux relations troubles, pris dans le jeu d’une bonne société qui ne fait que les tolérer. Stéphane Excoffier campe la maîtresse de maison, un peu effacée au début mais formidable ensuite dans son affrontement avec le pasteur.
La plus belle réussite reste toutefois la rencontre entre ce dernier et le fils de la maison, mettant face à face deux formidables acteurs de génération différente, Itsik Elbaz et Idwig Stéphane. Le premier fait pleinement honneur à sa récente désignation comme meilleur comédien de la saison 2007-2008 aux Prix de la critique. En fils prodigue, jeune artiste éloigné de la maison familiale par la volonté d’une mère qui ne lui a jamais expliqué les raisons de son attitude, il est à la fois nonchalant, arrogant, déboussolé, émouvant…
Face à lui, Idwig Stéphane est un pasteur extraordinaire. Sec, précis, vif, il présente le visage d’un homme de foi et de convictions, insensible à tout ce qui n’est pas conforme à son idéal de vie. Mais bientôt, l’armure se fendille, son vrai visage se révèle. Idwig Stefan excelle a jouer ainsi avec les failles, les doutes, les douleurs du personnage.
Du tout grand art qui permet de retrouver un jeune comédien auquel tout réussit et un de ses aînés que l’on voit trop rarement mais qui nous éblouit à chacune de ses apparitions.

