Coup d’arrêt au dialogue communautaire
n.c.
Mercredi 26 novembre 2008
Les présidents des partis francophones ont décidé de suspendre les discussions sur la réforme de l’Etat. Ils exigent une explication du ministre-président du gouvernement flamand Kris Peeters sur la décision prise lundi par Marino Keulen de ne pas nommer les bourgmestres francophones de la périphérie bruxelloise.
Les présidents des partis francophones ont décidé de suspendre le dialogue communautaire suite à la décision prise lundi par le ministre flamand des Affaires intérieures Marino Keulen de ne pas nommer les bourgmestres francophones de la périphérie. Ils exigent pour sa reprise une clarification du gouvernement flamand sur sa politique envers les francophones de la périphérie de Bruxelles. Mardi soir, le ministre-président flamand Kris Peeters s’abstenait de tout commentaire.
« Nous demandons au ministre-président du gouvernement flamand Kris Peeters s’il assume avec son gouvernement la décision qui a été prise et quelles sont les conclusions qu’il en tire pour la suite des négociations », a déclaré le ministre des Finances Didier Reynders à l’issue d’une réunion d’urgence des dirigeants des quatre grands partis francophones. Les dirigeants du MR, du PS, du CDH et d’Ecolo attendent aussi de Kris Peeters qu’il leur dise quelles conséquences il en tire pour le dialogue de Communauté à Communauté.
Les présidents des quatre partis francophones se sont retrouvés mardi midi au cabinet des Finances pour déterminer une position commune face à la décision de Marino Keulen. Après un peu plus d’une heure de réunion, ils se sont présentés ensemble devant la presse. « Nous regrettons d’avoir dû tenir une réunion sur un sujet institutionnel alors que crise économique devrait mobiliser toute notre énergie », a dit Didier Reynders. « Nous n’avons commis aucun acte mettant ce dialogue en danger et, maintenant, alors que la priorité est ailleurs, M. Keulen prend cette décision », a ajouté le président du PS Elio Di Rupo.
Didier Reynders a par ailleurs réaffirmé mardi la « solidarité » des partis francophones avec les trois bourgmestres, qui devraient prochainement soumettre pour la troisième fois leur candidature à l’aval du gouvernement flamand.
Dans l’attente d’une clarification, les discussions censées déboucher sur un nouveau partage des compétences entre l’Etat fédéral et les régions, sont « de facto suspendues », a précisé la co-présidente du parti Ecolo, Isabelle Durant. Kris Peeters (CD&V) va devoir choisir entre sa fonction de chef du gouvernement régional flamand, s’il suit la décision prise par Marino Keulen, et ses espoirs d’obtenir des avancées sur la réforme de l’Etat réclamée par la Flandre depuis des années, ont expliqué les dirigeants francophones. Les discussions entre Flamands et francophones, menées en toute discrétion, précisément sous la houlette de M. Peeters, ont donné jusqu’ici peu de résultats.
« Après avoir fait marcher Leterme à la baguette, les francophones veulent mettre Peeters à genoux », a réagi le président de la N-VA, Bart De Wever. Le parti nationaliste attend pour sa part du gouvernement flamand qu’il mette en branle une procédure disciplinaire à l’encontre des trois bourgmestres.
Marino Keulen a remis le feu aux poudres lundi en confirmant son refus d’entériner l’élection des bourgmestres francophones de Crainhem, Wezembeek-Oppem et Linkebeek. Marino Keulen estime qu’il ne « pouvait pas procéder à leur nomination », bien qu’ils aient remporté une majorité des suffrages aux municipales de 2006. Il rappelle qu’ils n’ont pas respecté la législation linguistique en vigueur en Flandre en adressant avant le scrutin des documents électoraux en français à leurs administrés francophones. Les francophones reprochent à M. Keulen d’avoir rompu un accord tacite prévoyant que les deux parties éviteraient les provocations, afin de laisser faire émerger un compromis englobant réforme de l’Etat et problématique de Bruxelles.
Pour les Flamands, la question des trois bourgmestres a une haute valeur symbolique, puisqu’elle illustre la lutte contre la « tache d’huile » francophone. Côté francophone, l’enjeu est essentiel aussi : les partis ont fait de la validation de l’élection des trois bourgmestres une condition à une réforme de l’Etat.
Pour les observateurs belges, l’intransigeance du ministre Keulen s’explique par son souci de faire preuve de fermeté à l’égard des francophones à six mois des élections régionales de juin 2009.
Le 2 décembre, les trois bourgmestres seront entendus par le Conseil de l’Europe à Strasbourg, qui enquête sur le respect de la démocratie locale en Flandre. Marino Keulen, qui n’avait pas réussi à faire entendre son point de vue lors d’une visite d’une délégation au printemps dernier, a décidé d’y envoyer un avocat.
