Des troupes au Congo ? La Belgique hésite
n.c.
Lundi 1er décembre 2008
La Belgique est invitée à répondre pour vendredi, le 5 décembre, à une demande des Nations unies de participer à une éventuelle force de jonction en République démocratique du Congo (RDC).
Sollicitée par l’ONU, la Belgique hésitait encore dimanche à participer militairement à une éventuelle force-relais dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) – une opération délicate en raison de la complexité de la situation sur place et des relations troublées avec l’ancienne colonie –, même si le Premier ministre Yves Leterme a promis une réponse dès vendredi et reçu le soutien des partis flamands.
En visite au Liban, M. Leterme (CD&V) a indiqué que son gouvernement était invité à répondre pour le 5 décembre à une demande des Nations Unies de participer à une éventuelle « bridging force » (force de jonction ou force de relais) au Nord-Kivu, théâtre d’affrontements depuis trois mois entre l’armée congolaise et la rébellion du général tutsi Laurent Nkunda qui ont jeté sur les routes des centaines de milliers de personnes.
« On donnera la réponse dans les délais nécessaires », a précisé le chef du gouvernement à Tebnine (sud du Liban) où il était allé se rendre compte du travail effectué par les Casques bleus belges de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL).
A Bruxelles, le ministre des Affaires étrangères, Karel De Gucht, a rappelé que le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, était favorable à l’envoi d’une force européenne dans l’est de la RDC en attendant le renfort promis de près de 3.000 Casques bleus pour la Mission des Nations Unies en RDC (MONUC), qui n’arriveront que dans plusieurs mois.
M. De Gucht (Open Vld) a une nouvelle fois plaidé à la VRT pour l’envoi d’une force de 2.000 à 3.000 hommes bien entraînés et bien armés pour une période limitée, avec des règles d’engagement robustes, espérant le ralliement de trois ou quatre pays européens à cette idée, évoquée lors d’une rencontre mardi à New York avec M. Ban.
« Il faut examiner quel rôle en particulier pourrait jouer la Belgique », a souligné M. Leterme.
Les questions à cet égard restent nombreuses et complexes, a expliqué le Premier ministre, soulignant qu’il s’agissait dans le chef de la Belgique de respecter « l’équilibre » entre « la prise de responsabilité » vu la crise humanitaire au Congo et la « prudente sécurité de nos hommes ».
La demande de l’ONU va en effet bien au-delà des efforts que le gouvernement s’était dit prêt fin novembre à faire pour renforcer la MONUC et qui ne concernaient qu’une aide logistique – principalement du transport aérien – et en moyens de renseignement, ainsi qu’éventuellement en assistance à la formation des Forces armées de la RDC (FARDC, l’armée gouvernementale), désorganisée par plusieurs défaites face à la rébellion du Laurent Nkunda.
M. De Gucht a déjà indiqué qu’il comptait mettre à profit trois réunions ministérielles (celle de l’OTAN mardi et mercredi à Bruxelles, la signature d’un accord interdisant les bombes à sous-munitions mercredi à Oslo et la conférence annuelle de l’OSCE jeudi et vendredi à Helsinki) pour tâter les intentions de ses partenaires européens, et en particulier la présidence française de l’Union européenne.
Fin octobre, la France, soutenue par la Belgique, avait déjà proposé d’envoyer une force humanitaire au Nord-Kivu en appui aux Casques bleus de la MONUC.
Mais cette option n’avait pas été retenue par les Vingt-Sept, du fait de refus de plusieurs pays, dont l’Allemagne. Ils avaient préféré se concentrer sur le travail humanitaire, le soutien à la MONUC et les efforts de médiation politique.
Le débat sur une éventuelle participation militaire belge au Congo devrait donc s’accélérer dans les prochains jours au sein du gouvernement et du Parlement.
Il portera notamment sur la révision de la cinquième recommandation de la Commission Rwanda qui préconise de renoncer à l’envoi de troupes de combat dans les anciennes colonies pour des opérations de maintien de la paix sous l’égide de l’ONU après la mort de dix Casques bleus belges le 7 avril 1994 à Kigali.
De plus en plus de voix se font entendre en faveur d’une révision de cette recommandation. « De toute façon, on ira au Parlement », a confirmé dimanche M Leterme.
Vu la demande de l’ONU, ce débat pourrait se tenir dès la semaine prochaine.
S’exprimant « à titre personnel », le ministre de la Coopération, Charles Michel (MR), se dit pour sa part favorable à une telle opération.
La plupart des partis flamands se sont exprimés en faveur de l’envoi de militaires belges dans l’est du Congo, mais après un débat au parlement et moyennant un mandat robuste. La présidente du CD&V, Marianne Thyssen, s’est ainsi réjouie dimanche de la réponse positive qu’est, selon elle, prêt à donner M. Leterme à la demande de l’ONU de participer à une « force de jonction » en RDC.
Le CDH s’est dit lundi favorable à l’envoi de troupes au Congo et demande un débat sur les modalités d’engagement de ces troupes.
Pour le CDH, au vu de la situation dramatique à l’Est du Congo et de la nécessité d’y ramener enfin la paix après une décennie d’horreur, la Belgique doit réponde positivement à l’appel du Secrétaire Général des Nations Unies concernant l’envoi de troupes au Congo.
Le parti précise que cet envoi de troupes devrait être néanmoins subordonné à un débat au parlement afin de clarifier notamment le mandat, la durée et l’affectation de cette force ainsi que la chaîne de commandement et les règles d’engagement, la composition, le nombre et l’équipement de cette force.
Le CDH poursuit que pour lui, la Belgique doit contribuer à une force européenne intérimaire d’urgence agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies.
Il s’agit de mettre en place une force d’interposition efficace agissant de manière autonome mais en coordination étroite avec la MONUC et qui protège effectivement les civils et désarme les groupes rebelles. Le déploiement d’un « EU battle group » serait sans doute l’option la plus opérationnelle et rapidement déployable. Néanmoins, une force européenne ad hoc serait également un bon choix, dit le CDH, qui rappelle que la Belgique prendra le commandement de l’EU Battle group dès le 1er janvier.
(D’après Belga)
