Congo : les partis disponibles mais un PS très prudent
n.c.
Dimanche 30 novembre 2008
La Belgique doit se montrer disponible à envoyer des militaires dans l’est du Congo, estiment les partis francophones, à l’instar des partis flamands. La prudence est toutefois de mise au PS.
Le ministre des Affaires étrangères, Karel De Gucht, a rappelé dimanche que le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, était favorable à l’envoi d’une force européenne dans l’est de la RDC en attendant le renfort promis de près de 3.000 Casques bleus pour la Mission des Nations Unies en RDC (MONUC), qui n’arriveront que dans plusieurs mois.
En visite au Liban avec le premier ministre Yves Leterme, le ministre de la Coopération, Charles Michel (MR), s’est dit favorable, à titre personnel, à une telle opération.
Lundi, interrogé sur Bel RTL, il a plaidé pour une révision de l’une des recommandations de la Commission Rwanda qui préconise de renoncer à l’envoi de troupes de combat dans les anciennes colonies pour des opérations de maintien de la paix sous l’égide de l’ONU, après la mort de dix Casques bleus belges le 7 avril 1994 à Kigali.
« Indépendamment du débat immédiat qui se pose sur la question du Congo, je pense qu’à terme on devra lever cette condition. Si la Belgique veut être crédible sur le plan diplomatique, on ne peut pas se contenter de dire ’il faut des moyens, y compris des moyens en hommes’ et dire à chaque fois ’ce sont les autres qui doivent le faire’ », avait-il déclaré.
Le président du FDF, Olivier Maingain, s’exprimant dimanche lors d’un congrès de son parti, estime quant à lui que la Belgique ne peut refuser d’apporter sa contribution à la mise en place d’une force internationale pour venir en aide aux populations du Congo.
« La situation insupportable des populations de cette région est comparable à celle qu’ont vécue les populations en ex-Yougoslavie. Nous ne pouvons accepter la passivité de la communauté internationale. Les conclusions de la commission d’enquête sur le drame rwandais ont peut-être amené la Belgique à être trop prudente », a-t-il dit.
Pour lui, il serait « malvenu » de ne pas répondre avec attention à la demande, mais cela dépendra aussi de la réaction des autres nations par rapport à l’appel des Nations Unies.
« Refuser de prendre ses responsabilités reviendrait à faire reposer sur des Etats moins prospères au sein des Nations Unies, le poids de la recherche de l’apaisement. L’Europe et les pays développés ne peuvent s’y soustraire », a-t-il insisté.
Deux parlementaires CDH, Georges Dallemagne et Jean-Paul Procureur, ont déposé lundi une proposition de résolution amendant cette recommandation de la Commission Rwanda.
Ils estiment eux aussi qu’il est difficile pour la Belgique de plaider sur la scène internationale en faveur d’un renforcement de la MONUC tant qu’elle ne pourra pas annoncer sa disponibilité à y participer.
« Il s’agit aussi de pouvoir renforcer la crédibilité de l’action diplomatique de la Belgique dans les débats à Bruxelles, à New York et à Genève qui touchent à la situation dans la région des Grands Lacs », ont-ils souligné.
« Depuis longtemps, nous demandons de revoir la recommandation de la Commission Rwanda », a rappelé dimanche la coprésidente d’Ecolo, Isabelle Durant.
Comme les autres partis, il importera, insiste-t-elle, d’analyser attentivement le mandat de la force à laquelle des troupes belges participeraient. « J’espère qu’une force européenne se mettra en place en complément de la Monuc avec des soldats belges », a-t-elle ajouté, évoquant la crédibilité de la Belgique dans ce dossier.
Le PS se montre le plus prudent. « Il faut traiter cette question avec prudence et en toute transparence. Il convient d’abord de voir ce qu’a demandé l’ONU, avec précision », a expliqué dimanche le député André Flahaut.
L’ancien ministre de la Défense se montre favorable à une réponse européenne, semblable à l’opération Artémis en 2003. Selon lui, il conviendra également de répondre à une série de questions : la Belgique dispose-t-elle de suffisamment d’hommes eu égard aux missions internationales auxquelles elle participe déjà, quelle sera la logistique nécessaire ainsi que le budget qu’il faudra dégager, sachant que le cadre budgétaire actuel est déjà insuffisant ? Il conviendra aussi de consulter les autorités congolaises ainsi que les autres pays qui fournissent des contingents à la MONUC.
« Ce n’est pas une question à laquelle on répond par oui ou par non, en improvisant », a-t-il conclu.
Comme les partis flamands, les partis francophones ont réclamé un débat au parlement sur cette question.
(Belga)
