Fortis : Davignon passe, Bodson out

n.c.

Mardi 2 décembre 2008

Lors de la première assemblée générale extraordinaire de Fortis à Utrecht lundi, Etienne Davignon a été élu à 50,63% à la présidence du conseil d'administration du groupe de bancassurance. Philippe Bodson, avec 26,6% des votes, s’est par contre vu recaler. Le vote se poursuivra mardi à Bruxelles, où une majorité est également requise. Suivez l’AG de Bruxelles en direct sur lesoir.be

Le vice-président du conseil sortant, le Néerlandais Jan-Michiel Hessels, candidat à une réélection au sein du nouveau conseil restreint, n'a pour sa part recueilli que 26,4% des votes. "La majorité requise n'a pas été atteinte", a-t-il lui-même observé.

Le mécontentement des actionnaires du bancassureur Fortis était largement perceptible lundi, lors de l’assemblée générale réunie à Utrecht, au cours de laquelle la direction s’est vue reprocher sa « mauvaise gestion ».

Cette assemblée, réunissant quelques centaines d’actionnaires représentant 21 % du capital pour évoquer le démantèlement du groupe et désigner un nouveau conseil d’administration, a démarré de manière houleuse, certains actionnaires huant les administrateurs à leur arrivée.

« Allez-vous enfin reconnaître vos erreurs et admettre que la direction a réduit la banque à rien et trompé les actionnaires », a demandé un « petit actionnaire particulier », de l’énervement dans la voix.

« Pouvez-vous nous expliquer comment on peut dire que tout va bien et peu après se retrouver au bord du gouffre », a demandé un autre.

« Pourquoi avoir refusé des assemblées générales alors que tout n’était pas encore perdu ? Et pourquoi redoutez-vous une enquête sur la gestion ? », a demandé un troisième.

Attentifs et graves, les administrateurs n’ont cessé de recevoir des reproches depuis le début de la matinée, répondant tant bien que mal aux questions d’actionnaires souvent tendus.

Personne n’est satisfait

Anticipant la colère des petits porteurs, l’administrateur et président de l’assemblée, Jan-Michiel Hessels, a estimé dès l’ouverture de la séance que « personne ici n’est satisfait » de la situation. Il a tenté de justifier les décisions de la direction depuis qu’en mai 2007, Fortis a décidé de racheter les activités néerlandaises de la banque ABN Amro.

Plusieurs porteurs estiment que la direction n’a pas dévoilé l’ampleur du gouffre financier dans lequel cet achat a plongé la banque, alors que s’amorçait la crise financière.

La solvabilité défaillante de Fortis avait provoqué début octobre l’intervention de la Belgique qui a revendu depuis les activités belges du groupe à BNP Paribas, et la nationalisation des activités néerlandaises par La Haye, qui a annoncé la semaine dernière le lancement d’une nouvelle banque où les activités néerlandaises de Fortis et d’ABN Amro seront fusionnées.

« Nous sommes désolés du déroulement des événements », a assuré M. Hessels, soutenant cependant que « la direction a fait le bon choix » en achetant ABN Amro ». « Il ne s’agissait pas d’un moment d’euphorie (…) tout le monde, tous les experts le disaient », a-t-il ajouté.

En entendant des remous dans la salle, M. Hessels a rappelé qu’à l’été 2007, une écrasante majorité d’actionnaires avaient approuvé ce rachat.

Jan-Michiel Hessels a admis que la crise financière « que nous avons sous-estimée (…) a malheureusement compliqué les choses ».

Evoquant l’effondrement de la solvabilité du groupe, M. Hessels a admis que « après coup, ABN Amro était une transaction ambitieuse (…) probablement payée trop cher (…) et qui a périclité dans le contexte économique qui a suivi ».

Erreurs de communication

Il a reconnu que la direction « a commis des erreurs de communication » lors de l’augmentation de capital lancée le 26 juin afin de se renflouer, provoquant la panique parmi les actionnaires et signifié le début de l’effondrement de l’action.

« Je suis persuadé que le nouveau conseil fera tout ce qu’il peut pour réparer les dommages » subis par les actionnaires, a lancé M. Hessels.

« Nous avons tout perdu, nous avons dû vendre notre appartement. Ce que nous voulons, c’est récupérer notre argent », ont déclaré à l’AFP deux retraités, Joke et Kees van Roosmalen.

Cette assemblée générale est la première depuis le démantèlement du groupe début octobre. Une autre assemblée générale, avec le même ordre du jour, est prévue mardi à Bruxelles.

(D’après AFP)

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