Peter Pan, de la BD au théâtre
MAKEREEL,CATHERINE
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Mercredi 17 décembre 2008
Emmanuel Dekoninck met en scène « Peter Pan », la bande dessinée fameuse de Régis Loisel.
Attention : le Peter Pan de Loisel est une histoire d’enfants mais pas pour les enfants ! C’est « l’avant-Peter Pan », le récit des pérégrinations de Peter, petit garçon triste des rues glauques de Londres, amené à devenir Peter Pan, petit chef elfique d’un pays imaginaire. Point de Wendy ni de mièvrerie ici. Dans un décor londonien entre Dickens et Jack l’Eventreur, on croise la mère de Peter, alcoolique et violente, parmi une galerie d’adultes tout aussi pervers. Même l’île mystérieuse, où la petite fée Clochette l’emmènera, n’est pas dénuée de noirceur ni d’ambiguïté. En compagnie de créatures étranges, de centaures et sirènes issus de l’imagination des enfants, Peter tentera de chasser un Capitaine Crochet, aussi barbare que ridicule. Même les rondeurs joyeuses de la fée Clochette, petite bombe sexy, cachent une sournoise cruauté et une jalousie meurtrière.
C’est cet univers entre tendresse et férocité, imaginaire et réalisme, qu’Emmanuel Dekoninck a décidé d’adapter sur les planches de l’Atelier 210. Trentenaire, le comédien belge est lui-même un peu le « Peter Pan » de nos scènes avec une voix et des traits étonnamment juvéniles. Passionné par ce projet, il croit avant tout au pouvoir de l’imaginaire, que ce soit en BD ou au théâtre : « La scène est le lieu idéal pour l’imaginaire. Pour que cela soit vrai, il suffit d’y croire. On ne voulait surtout pas tomber dans le piège des décors de BD, mais plutôt reconstruire l’histoire et l’atmosphère. Pour cela, on utilise les codes du théâtre. Par exemple, toute la première scène, à Londres, se déroulera derrière un rideau. On utilisera aussi le théâtre d’ombres pour jouer la tempête, avec des marionnettes. »
Pour le rôle de Peter Pan, l’éternel enfant, l’équipe a eu la bonne idée de faire appel à une jeune femme, Anaël Snoek. La comédienne au physique androgyne n’en est pas à son premier rôle d’enfant puisqu’elle a joué Poil de Carotte au Théâtre du Parc. « Le fait que Peter soit un enfant est absolument fondamental mais nous ne pouvions et ne voulions pas faire jouer un enfant. Sans Anaël, on n’aurait pas monté la pièce. On voulait un Peter Pan asexué, car c’est un élément important de son caractère. Ce qu’il rejette avant tout dans le monde adulte, c’est son aspect sexuel, pervers. »
Si Emmanuel Dekoninck n’a pas voulu restituer tout le scénario de Loisel, il avoue vouloir en garder le rythme presque cinématographique, et surtout l’ambiguïté. « J’ai conscience que les fans absolus de Loisel seront déçus, c’est inévitable. Mais ce que j’aime avant tout chez lui et ce que je veux porter à la scène, c’est qu’il ne porte pas de jugement. Il ne dit pas c’est bien ou c’est mal. Et puis, son monde imaginaire, c’est aussi bien le rêve que le cauchemar. C’est avant tout un voyage initiatique. Sous le couvert d’une grande histoire épique remplie de combats, de pirates et de mondes merveilleux, Loisel explore en profondeur les abîmes de l’âme de Peter. »
« Raconter les blessures de Peter »
J’ai mis 14 ans à écrire cette BD mais aujourd’hui, l’histoire est sortie de mon esprit. Je ne l’ai jamais relue depuis. Je ne peux pas, sinon je me revoie en train de dessiner telle ou telle scène. Mais ça m’intéresse de voir la vision d’Emmanuel Dekoninck, comment il l’interprète, comment ça se perpétue. Les spectateurs l’auront peut-être lue avant de voir la pièce ou auront envie de la lire après. Peut-être même que quelqu’un voudra en faire un ballet, qui sait. J’ai lu l’adaptation et je suis étonné de voir à quel point ça reste proche de la BD. Pourtant ce n’est pas facile de mettre des dialogues de BD dans la bouche d’un acteur. Ce sont des dialogues de synthèse, qui doivent être très vivants pour que le lecteur fasse le reste avec sa propre voix. Dit par des acteurs, c’est très différent. Il y a quelques semaines, un cinéaste m’a demandé mon accord pour un court-métrage très coûteux. J’ai assisté au casting et c’était assez douloureux.
Au cinéma, on me propose des films pour les enfants mais si c’est pour édulcorer le propos, ça n’a aucun intérêt. On me dit qu’il n’y aura pas de violence pour ne pas se couper des enfants mais alors on affadit mon propos. Je préfère qu’on fasse une énième adaptation du roman de Barrie. C’est comme quand les Américains ont voulu traduire Peter Pan : ils voulaient mettre une pastille sur les seins des sirènes, des bulles plus grosses, etc. J’ai leur ai dit de laisser tomber et de garder leur paquet d’argent.
Emmanuel a compris ce que je voulais mettre dans la BD. Il a compris que je ne veux rien affirmer et que Peter Pan est traversé de points de suspension. Le lecteur doit pouvoir choisir son camp. Beaucoup de gens ont détesté le dernier tome, parce qu’ils avaient envie d’une vraie fin. Au lieu de cela, non seulement ça se termine assez mal mais en plus, ça reste en suspens. Mais je devais, avec cette fin, faire le raccord avec le Peter Pan que tout le monde connaît. C’est une légende et il fallait que le lecteur puisse continuer de la faire vivre. Moi, ce qui m’intéressait, c’était ce qui se passe avant le roman de Barrie, raconter les blessures de Peter, apporter une douleur à ce personnage.
En effet, mais aussi le point de vue de l’enfance. Je fais toujours les choses du point de vue de l’enfant. Même mes cadrages. Je ne mets pas ma caméra à 1m70 mais à 1m20 par exemple. Les situations sont dures mais perçues par des enfants. C’est fascinant de faire passer les sentiments premiers perçus par un enfant. Il prend tout de front, sans analyse. Un enfant, tu le grondes et tu verras, tout est dans son regard. Je veux surtout choper ça.
Régis Loisel est l’auteur de la BD, Anaël Snoek jouera son Peter Pan dans l’adaptation qu’en fait Emmanuel
Régis Loisel est
l’auteur de la BD, Anaël Snoek jouera son Peter Pan dans l’adaptation qu’en fait Emmanuel Dekoninck.
