Yves LEterme est hors jeu
DELVAUX,BEATRICE
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Jeudi 18 décembre 2008
Ces dernières semaines pourtant, les observateurs ont reconnu au Premier ministre un réel exercice de responsabilités. Mais aujourd’hui, c’est le Premier ministre lui-même qui torpille sa position et sa capacité déjà durement acquise, à exercer son rôle. Il s’agit bien évidemment à nouveau de gaffes, tant dans l’action sur le dossier Fortis depuis qu’il s’est judiciarisé, qu’hier, dans des tentatives de clarification qui tournent à la confusion et à l’embrouille totale. Il s’agit de la manière dont Yves Leterme met dans un embarras cataclysmique ses collègues de la majorité – sans les en avertir – et toute la magistrature, en se défaussant au Parlement sur ses collaborateurs et sur le mari d’une juge, qui fut, est, n’est plus (!) son ami.
Mais ce qui est surtout en cause ici, c’est la manière dont le Premier ministre bafoue le principe de séparation des pouvoirs. A-t-il ou non en direct enfreint cette séparation ? Il nie. Mais le problème reste. Le simple fait ici d’avouer un coup de fil d’un membre de son cabinet au substitut du procureur du Roi ou les conversations entre la Chancellerie et le mari d’une juge sur une affaire en cours, est en soi de nature à mettre le Premier ministre hors jeu !
Les circonstances du moment – la crise économique mais aussi le sort de la première banque belge – exigent que le pays reste pourvu d’un gouvernement et non plongé dans le chaos d’une convocation d’élections. Mais les circonstances du moment exigent tout autant, et pour les mêmes raisons, d’avoir un Premier ministre à la hauteur de ces dossiers à très haut risque. Un Premier ministre qui crée la clarté et non la confusion, qui suscite la sécurité et non le désarroi, qui rassure les potentiels actionnaires de Fortis (BNP Paribas notamment) – et ne les fait pas définitivement fuir, qui garantit les principes démocratiques fondamentaux et ne les bafoue pas. Yves Leterme a démontré hier qu’il n’était plus cet homme-là.
