Fortis : les associations d’actionnaires font bloc
n.c.
Jeudi 18 décembre 2008
Le cabinet de conseil aux actionnaires Deminor, l’avocat Mischaël Modrikamen, le néerlandais VEB et Test-Achats ont annoncé qu’ils feraient front commun. Leur action sera fédérée au sein une équipe de trois négociateurs.
Des représentants de petits actionnaires de Fortis, qui pèsent pour plus de 10 % du capital, ont annoncé leur intention de mettre en place un groupe représentatif commun pour prendre part à d’éventuelles négociations futures avec l’Etat belge et la banque française BNP Paribas sur le sort du bancassureur belgo-néerlandais, dont le démantèlement a été suspendu par la cour d’appel de Bruxelles.
« On nous a toujours dit qu’on ne pouvait pas négocier avec l’actionnariat de Fortis, car il était trop dispersé. Nous avons donc mis en place une commission représentative des actionnaires » comptant cinq personnes maximum, ont indiqué ce jeudi, au cours d’une conférence de presse, le cabinet de conseil aux actionnaires Deminor, l’avocat Mischaël Modrikamen et l’association néerlandaise de petits actionnaires VEB.
Ce groupe représentera les actionnaires jusqu’à la désignation d’un nouveau conseil d’administration et pourrait se mettre au travail dès lundi, jour où le collège d’experts désignés par la cour d’appel sera mis en place, ont-ils précisé. Le premier actionnaire de Fortis, l’assureur chinois Ping An, n’en fait pas partie.
Les intervenants ont demandé à l’Etat d’également mettre sur pied un groupe de travail qui resterait en place même en cas de chute du gouvernement.
Les associations de défense des actionnaires ont insisté sur la nécessité d’organiser des négociations, car si l’accord actuel sur Fortis, conclu entre l’Etat et BNP Paribas, était maintenu en l’état, il courrait le risque d’être recalé lors de l’assemblée générale extraordinaire qui doit avoir lieu au plus tard à la mi-février 2009. « Les négociations entre les trois parties (l’Etat, BNP Paribas et les actionnaires) doivent commencer immédiatement, et au plus tard avant la fin de l’année », ont déclaré ces associations d’une voix commune. « Tout jour sans négociation est un jour de perdu », a ajouté Me Modrikamen.
Une lettre a été adressée ce jeudi au ministre des Finances Didier Reynders pour lui « expliquer que passer en force plutôt que par une concertation risque d’entraîner de nouvelles procédures, notamment vis-à-vis de l’Etat, pour que les termes de l’arrêt de la cour d’appel de Bruxelles (qui a suspendu le 12 décembre la vente de Fortis Banque à BNP Paribas, NDLR) soient respectés », a indiqué le conseil de Deminor, Me Cédric Guyot.
Les pressions croissantes dont font l’objet d’Etat et BNP Paribas pourraient les inciter à accepter de discuter, surtout la banque française pour qui l’acquisition de Fortis est le meilleur moyen d’augmenter son ratio de fonds propres actuellement mis à mal, a souligné le CEO de Deminor, Pierre Nothomb.
Tous les scénarios possibles pour Fortis devront être envisagés durant ces négociations, y compris celui d’un « stand alone », c’est-à-dire une banque privée qui devrait idéalement bénéficier d’une garantie d’Etat pour les prêts interbancaires. « Les actionnaires représentés par le groupe commun sont d’ailleurs prêts à prendre leurs responsabilités en cas de stand alone », à savoir recapitaliser la banque, a souligné Erik Bomans, de Deminor.
Quant à BNP Paribas, « nous ne disons pas qu’il n’y a pas de deal possible avec elle, mais alors dans de bonnes conditions. Et si elle venait à se retirer, Fortis deviendrait une banque gouvernementale dont l’actif et le passif seraient garantis par l’Etat, ce qui laisserait du temps pour trouver une solution », a expliqué Georges Ugeux, proposé comme administrateur de Fortis Holding par les représentants des actionnaires.
« Les actionnaires sont prêts à prendre part à tout projet ambitieux qui préserve leurs intérêts et crée de la valeur à l’avenir, éventuellement avec les gouvernements belge et luxembourgeois », a-t-on résumé. Les représentants de petits actionnaires ont également estimé que « le chaos politique actuel en Belgique ne pouvait mener à un gel du dossier Fortis ».
(belga)
