Le chaos et l’outrage

DELVAUX,BEATRICE

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Vendredi 19 décembre 2008

rédactrice en chef

Des députés qui errent dans les couloirs du Parlement sans savoir si la séance à laquelle ils assistaient, reprendrait un jour. Un Premier ministre qui disparaît, qu’on décrit en larmes devant ses ministres et que certains voient en même temps dans une voiture en direction du palais de Laeken. Un conseil des ministres réuni sans discontinuer et qui reçoit les présidents de parti, les magistrats alors que dans le même temps, la famille royale en grand apparat est rassemblée pour écouter le… concert de Noël. C’était cela hier, la vision que donnait d’elle-même la démocratie belge, clouée au sol pour la première fois de son existence par un événement d’une gravité sans précédent : une lettre d’un premier président de la Cour de cassation au président de la Chambre dénonçant des pressions du pouvoir sur la justice belge.

Des explications, des justifications, des démissions ? Rien de tout cela. Seulement une confusion énorme, des rumeurs de jeux tactiques, de démissions et finalement une guerre de rapports émanant d’une justice qui soudain serait, elle aussi, embourbée dans des guerres de clans. Comme si cela manquait au tableau !

Une image pathétique, tatouée qu’il le veuille ou non, au corps d’Yves Leterme, le Premier ministre non plus d’un gouvernement qui fait face à la crise, mais d’un chaos sans nom, d’un bateau à la dérive. Un Premier ministre qui donne l’impression de finalement ne pratiquer qu’une seule politique : la terre brûlée. Testée lors de la formation de l’orange bleue et ressortie des cartons ces derniers jours, dans la gestion de l’affaire Fortis dès qu’elle est entrée en justice.

Que les interventions gouvernementales sur la justice dénoncées par la Cour de cassation aient été faites pour de bons motifs (sauver Fortis ou mettre à mal un arrêt de la cour d’appel qui apparaîtrait entaché d’irrégularités), qu’elles soient le fait d’avocats, de conseillers, ou de membres de cabinets ne changerait rien à l’affaire : cet outrage à la démocratie, débouchant sur une confusion totale, doit être assumé par le Premier ministre. Pour redonner une chance à l’action d’un gouvernement de s’exercer. Urgemment.

Pas de résultats.