L’année « scènes » en dix actes

WYNANTS,JEAN-MARIE; MAKEREEL,CATHERINE; FRICHE,MICHELE

Mercredi 24 décembre 2008

Les dix événements qui ont marqué 2008 sur les scènes ? « Le Soir » les a choisis. En toute

Les dix événements qui ont marqué 2008 sur les scènes ? « Le Soir » les a choisis. En toute subjectivité.

Océan Nord

Le petit théâtre d’Isabelle Pousseur ne cesse d’éblouir

Aux Prix de la critique, 4 : 48 Psychose de Sarah Kane a remporté les prix de la meilleure scénographie, de la meilleure comédienne (Catherine Salée et Véronique Dumont, ex aequo) et du meilleur spectacle. Cette production magnifique, mise en scène par Isabelle Pousseur, est à l’image du lieu que cette dernière défend depuis 1996 avec Michel Boermans. Après la période de la mise en place et des expérimentations, Océan Nord a trouvé son équilibre et sa maturité. Des textes forts, des mises en scène originales, un lieu transformable à volonté, des comédiennes et comédiens en état de grâce…

On connaît peu de lieu offrant autant de diversité et de constance dans la qualité

au fil de l’année écoulée.

Romeo Castellucci

A Avignon, son théâtre d’images et de sensations a triomphé

Artiste associé du Festival d’Avignon 2008, Romeo Castellucci était attendu au tournant par ceux qui estiment qu’il ne peut y avoir de théâtre autre que de texte et ceux qui lui reprochent (parfois les mêmes) de jouer les provocateurs. S’attaquant à La Divine Comédie de Dante, il ouvrait le festival dans la Cour d’Honneur avec sa vision de L’Enfer. Ce fut un éblouissement qui restera dans les annales du festival. Un spectacle magique, effrayant, fascinant, transposant l’univers de Dante dans le monde d’aujourd’hui. Des images époustouflantes, une armada de figurants parfaits de bout en bout, des émotions à revendre : une réussite totale. Mais l’homme n’en restait pas là, offrant avec Le Paradis, un croisement étonnant entre installation plastique et mise en scène et avec Le Purgatoire, le spectacle le plus perturbant, le plus terrifiant et le plus fort de tout le festival. L’ensemble sera visible chez nous au mois de mai.

Itsik Elbaz

Comédien de l’année en quantité et en qualité

Elu meilleur comédien par les Prix de la Critique, le garçon de 32 ans n’a pas chômé. Est-ce dû à sa tignasse rebelle ou à son sourire timide ? Plutôt à son indéniable talent à incarner, d’un geste ou d’un regard, les personnages les plus divers et complexes. En 2008, on l’a notamment vu en Spiderman wallon dans L’héroïsme aux temps de la grippe aviaire de Thomas Gunzig, en Wilfrid incandescent dans Littoral de Wajdi Mouawad, ou encore en terrible Richard III dans 1,2,3 Richard. Le rythme ne ralentit pas en 2009 puisqu’il enchaînera tragédie et comédie, entre Bérénice aux Martyrs et Texto à la Toison d’Or. Entre autres.

ZUT au 210

Le Zone Urbaine Théâtre trouve refuge à l’Atelier 210

Comme le phénix, le ZUT sait renaître de ses cendres. Après la fermeture de son théâtre molenbeekois en juin dernier, il s’est relogé sous forme de compagnie chez l’accueillant Atelier 210. Une bonne nouvelle pour deux raisons : il aurait été triste de voir disparaître l’équipe de Georges Lini qui depuis quelques années enchaînait les perles noires et éclatantes. Par ailleurs, ce transfert va dans le sens d’une nécessaire rationalisation des moyens et des infrastructures voulue par le ministère de la Culture. En s’installant au 210, le ZUT vient ajouter son talent à celui des diverses compagnies déjà présentes en ce lieu qui, en quelques années, s’est trouvé une véritable identité et un public de plus en plus fidèle. La greffe s’annonce déjà féconde avec deux premières créations très réussies : 1,2,3 Richard et Marcia Hesse. Le ZUT est mort, vive le ZUT ! Et longue vie au 210 !

Les Monologues voilés

Le « blockbuster » de l’année Théâtre de Poche, du 31 mars au 11 avril 2009

Personne ne les attendait, tout le monde les a entendus. Créés au Poche en janvier, Les Monologues voilés ont fait un tabac, à Bruxelles puis dans toute la Wallonie. Loin d’être une pâle copie des Monologues du vagin, cette pièce d’Adelheid Roosen dévoile, sans tabou ni voyeurisme, l’intimité trop souvent fantasmée des musulmanes. Pendant un an, l’auteure a interviewé des femmes de 17 à 85 ans – Marocaines, Turques, Egyptiennes ou Somaliennes – sur leur culture, leur corps, la valeur de l’hymen, la tradition, le Coran, l’homosexualité ou l’excision. Portés par trois comédiennes (Jamila Drissi, Morgiane El Boubsi et Hoonaz Ghojallu), accompagnées par la musique et les chants de Hassiba Halabi, ces Monologues cassent mieux les a priori que n’importe quel reportage télévisé.

Jacqueline Bir

Un adieu dont on espère qu’il ne sera que passager

C’était au printemps, au Théâtre des Galeries : Jacqueline Bir s’inclinait chaque soir face à un public debout, qui lui offrait une incroyable ovation d’émotion et d’admiration. Avec le monologue L’Allée du Roi de Françoise Chandernagor, la comédienne choisissait de boucler sa vie de théâtre. Un adieu après 55 ans de scène et plus de 200 rôles ? Une mise entre parenthèses, avouait-elle, pour prendre le temps de vivre, de rêver, pour s’interroger aussi comme Madame de Maintenon, solitaire à l’automne de sa vie, qu’elle incarnait avec cette alchimie d’élégance, d’orgueil et de fragilité qui signe son art. Osmose d’un rôle, d’une exceptionnelle comédienne et d’une femme qui a tout vécu intensément et qui n’exclut pas un retour… si l’on m’offrait un texte fort. Un texte comme Oscar et la Dame Rose d’Eric-Emmanuel Schmitt qu’elle interprète depuis 2004. Première et seule entorse à sa « mise entre parenthèses », ce seul en scène lui a valu de nouveaux triomphes amplement mérités.

Rideau et Ancre rajeunis

Deux nouveaux directeurs : Michael Delaunoy et Jean-Michel Van den Eeyden

Un vent de renouveau a soufflé sur nos institutions théâtrales. Pour sa première saison au Rideau (nanti d’une nouvelle salle provisoire, l’auditorium Paul Willems), Michael Delaunoy secoue le plus vieux théâtre de Bruxelles avec un relifting total dans le look, la programmation et les complicités. Frédéric Dussenne, Christophe Sermet et Paul Pourveur en sont les artistes associés, avec toujours un accent particulier sur les auteurs belges. Du côté de Charleroi, Jean-Michel Van den Eeyden, aidé d’Olivier Hespel et de Françoise Bloch, est désormais le plus jeune directeur d’institution de la Communauté française. Au Théâtre de l’Ancre, il continue à défendre la création contemporaine tout en élargissant ses horizons à la danse et au théâtre jeune public. Des paris courageux !

Une école de danse ?

Trois projets sont en compétition en Communauté française

Depuis la fin des années 90, un décret

de la Communauté française prévoyait la création d’une école supérieure de la danse. Mais tandis que les autres secteurs s’organisaient, rien ne semblait venir en ce domaine. En 2008, les choses se sont emballées et trois projets ont fini par atterrir sur la table de la ministre compétente Marie-Dominique Simonet. Tous sont portés par des établissements d’enseignement supérieur artistique existants. Le premier a être dévoilé officiellement peut compter en prime sur le soutien plus qu’actif de la plupart des chorégraphes de renom de la Communauté. Si on attend encore d’en savoir plus sur les deux autres, la ministre a d’ores et déjà signalé qu’un seul projet pourrait être reconnu. On espère désormais que c’est bien le meilleur qui l’emportera. La chose est en effet vitale pour l’avenir de la création chorégraphique en Communauté française où on attend toujours une vraie relève à la génération des quadras et des quinquas issus de Mudra.

Oriza Hirata trois fois

La grande figure du théâtre contemporain japonais a sillonné nos scènes

Auteur d’une trentaine de pièces et directeur du Théâtre Komaba Agora à Tokyo, Oriza Hirata s’est forgé une réputation mondiale en exploitant la banalité poétique du quotidien. Jamais représenté en Belgique jusqu’ici, le « sensei » a rattrapé le temps perdu grâce à la collaboration de trois théâtres bruxellois, créant des parallèles étonnants entre le contexte belgo-belge et la culture japonaise autour de trois de ses pièces : Nouvelles du plateau S, Tokyo Notes et In het Bos/Dans les bois. Mises en scène croisées, regard d’un Japonais sur la Belgique en création mondiale, Hirata a marqué les esprits. La Belgique l’a également marqué et il y est revenu à l’automne présenter sa propre version de Tokyo Notes aux Tanneurs. La découverte continue avec ses Chants d’adieu au Théâtre de la Place en janvier.

Virage sur l’L

La structure ixelloise change de fonction mais pas de cap

Depuis 18 ans, la petite salle dirigée par Michèle Braconnier permettait à de jeunes compagnies de présenter des premiers projets, des travaux en cours. Mais malgré toute sa bonne volonté, l’L était en péril. Plutôt que de se voiler la face ou de jeter l’éponge, Michèle Braconnier et sa petite équipe ont préféré remettre tout à plat. Ainsi est né l’« Espace Jeunes Créateurs, pôle pour la recherche et l’accompagnement des jeunes artistes en Arts de la scène en Communauté française ». Un nouvel outil qui entend offrir, à travers lieux et accompagnement professionnels, un ensemble de services jusqu’à présent inexistant dans notre Communauté. Premiers résultats au festival Vrak, en février 2009.

Pas de résultats.