Journal de bord d’Andrea, 28 ans

n.c.

Samedi 3 janvier 2009

Andrea, éducatrice en Allemagne

29.12. 2008

Après sept heures de voyage en train, me voici à Bruxelles. J’ai été accueillie dans une famille belge polyglotte avec onze autres jeunes venant de Hongrie, de Pologne, de Croatie, de France et d’Allemagne. Nous communiquons surtout en anglais et parfois même en allemand. L’accueil très chaleureux fait que je me sens vite comme chez moi.

Maintenant il est l’heure de prendre le métro vers les halles d’expositions du Heysel pour

la répétition de chants – je suis tromboniste, je joue dans le petit orchestre dans le hall 7-.

Le métro est bondé de jeunes avec des sacs à dos. Les visages sont fatigués mais souriants.

Je suis inondée par un flot de langues européennes et d’autres continents. Arrivée aux halles d’expositions je vois quelques visages connus : Sandrine, José, Annabelle, Ursa et Andrzej, des jeunes instrumentistes et choristes que j’avais déjà rencontré à Taizé. Quel plaisir de se retrouver et de découvrir les visages des autres 200 jeunes venus pour soutenir le chant dans la chorale. Au bout des 5 jours de la rencontre on sera devenu amis. 19 heures, première prière dans notre petite halle avec 10.000 jeunes (les deux autres halles accueillent chacune 15.000 personnes).

Je suis saisie par la beauté des chants et l’harmonie entre choristes, instrumentistes et solistes.

En rentrant le soir, le père de ma famille d’accueil nous attend pour prendre le thé et discuter. Je me sens vraiment chez moi.

30.12.

Je me réveille dans un vrai lit, la famille nous accueille vraiment dans des conditions extraordinaires : mon tapis de sol et mon sac de couchage ont pu rester dans mon sac à dos.

Petit-déjeuner abondant, nous sommes 14 autour de la table. Olivier, le père de la famille nous donne un résumé de ce qui est écrit dans les journaux flamands et francophones. Il nous informe aussi de la situation politique actuelle en Belgique. J’ai un peu du mal à comprendre la situation des Flamands et des Wallons. Je suis originaire de « Siebenbuergen « la partie germanophone de la Roumanie. Depuis l’enfance je suis habituée à entendre le roumain, le hongrois et l’allemand sans donner une priorité à une des langues. Olivier est aussi très préoccupé par la situation au Proche Orient, en sortant il nous demande de prier pour la paix, je suis touchée par sa confiance.

L’après-midi à l’atelier « Echange par le chant : des chœurs musulmans et chrétiens chantent et se répondent « je repense à Olivier, cela lui aurait plu. Nous sommes environs 400 participants, la chorale musulmane est constituée d’hommes et de femmes vêtus en blanc, les femmes portent des voiles. Les sons sont inhabituels pour nos oreilles européennes, mais d’une beauté particulière qui se dévoile au fur et à mesure. Les deux chorales s’apprécient et s’écoutent avec un respect mutuel. Je découvre un très beau chant sufi pour la paix que nos amis musulmans ont gentiment traduit en français pour qu’on puisse l’apprendre plus facilement.

Les applaudissements montrent le grand enthousiasme qui marque cette rencontre musicale.

Ce qui me reste c’est le chant de Taizé « Ubi caritas « chanté ensemble en arabe. Oui, pour moi ce chant décrit bien ce que je ressens « Là ou est la charité, là ou est l’amour, Dieu est présent. »

Ubi caritas comme chant commun et universel latin et arabe, prenons un chant sufi qui a été traduit en français, un chant pour la paix

Mercredi 31.12

Belle prière du matin en paroisse. J’aime énormément la musique de Taizé, les chants répétitifs accompagnés sobrement à la guitare et au violon résonnant en moi encore longtemps après. Je ne sais pas comment cela se fait mais ces chants me vont droit au cœur. Nous sommes environ 250 jeunes dans cette paroisse dans le centre de Bruxelles : Polonais, Roumains, Croates. Suisses, Français, Italiens, Hongrois, Allemands. Ce soir pour la fête des nations, tous vont préparer un petit spectacle ou présenter leur pays. Après le repas et la prière du midi au Heysel avec les autres 40.000 jeunes, je me prépare pour aller en ville pour l’atelier « Visite du vieux Bruxelles ». J’ai envie de connaître un peu plus la ville qui m’accueille ! Petite galère, car à cause de la foule, j’arrive en retard et ils sont déjà partis. Ma déception ne dure pas longtemps car nous rencontrons des amis qui sont avec une jeune coréenne, Min Ju, qui vient pour la première fois à une rencontre européenne. Elle m’impressionne par son ouverture et sa joie de vivre. En prenant un café nous échangeons sur plein de choses et je me rends compte que nous partageons beaucoup de nos questions, attentes et espoirs. Venant d’un autre continent et d’une autre culture elle est une jeune comme moi. Le fait que nous, les jeunes, nous sommes très proches les uns des autres même en venant de sociétés

très différentes est quelque chose qui me frappe lors de notre fête des nations. En fait, après une prière commune pour la paix dans ma paroisse qui fini peu après minuit. Les vœux pour la nouvelle année sont exprimés dans une multitude de langues et de gestes. Je ressens la fête des nations comme une concrétisation de cette paix universelle que nous désirons. Nous chantons et dansons ensemble et sommes heureux de commencer cette nouvelle année avec autant de joie.

Jeudi 1.1

Je suis fatiguée, la nuit était bien courte (5 heures de sommeil). La journée commence avec la messe en paroisse d’accueil. Je partage ma feuille de chant avec une dame âgée, elle me sourit et après quelques moments d’hésitation, elle commence à chanter d’une voie frêle. Je me sens en harmonie avec cette dame belge. Au retour dans ma famille d’accueil je me retrouve devant un repas de fête extraordinaire : saumon, caviar et je bois du champagne pour la première fois de ma vie. Le repas finit avec un petit concert improvisé dans leur séjour. Rodrigo, un allemand originaire du Chili joue au piano, nous chantons des chansons comme « Oh happy day » et dansons une valse viennoise. Quel début pour cette année 2009 !

Vendredi 2.1.

Ce matin je me suis réveillée avec des images de notre dernière prière aux halles d’exposition hier soir. Le chant final « Da pacem domine « me touche particulièrement, je pense aux peuples du Proche Orient qui ont tellement besoin de la paix. Je me sens proche d’eux car je me souviens de la peur de mes parents quand il y a eu la révolution au passage de 1989/90 en Roumanie. On a connu les tirs et comme enfant j’ai failli vivre la guerre civile. Mais ce chant n’évoque pas seulement la paix avec un grand P mais aussi tous ces moments dans ma vie quotidienne où j’ai besoin de la « petite » paix, ces moments de relâche et de silence au milieu du stress, dans les situations de conflits et de malentendus avec mon entourage. Oui j’ai besoin de cette paix et ce chant m’accompagnera dans ma vie de tous les jours. Au moment de quitter Bruxelles mes parents « adoptifs » nous ont donné des roses comme cadeau de départ. C’est beau d’avoir une famille en Belgique et des amis un peu partout en Europe. Je me réjouis déjà de revoir une bonne partie de ces amis au cours de l’année ou au plus tard lors de la prochaine rencontre européenne à Poznan en Pologne.

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