Journal de bord d’Emmanuelle, 17 ans
n.c.
Samedi 3 janvier 2009
Emmanuelle Lamberts, Anderlecht
Lundi 29/12 : Impatiente que cette rencontre ait enfin lieu, assise, prête à accueillir, mes yeux cherchent le moindre signe d’arrivée. Soudain, les premiers jeunes arrivent le visage marqué par la fatigue du voyage, mais aussi et surtout par l’enthousiasme pour les jours à venir. Leurs yeux découvrent une nouvelle ville, une nouvelle culture et de nombreux nouveaux visages. De tous, émane un sourire rayonnant, reflétant la joie et le soulagement de leur arrivée. Bien qu’aller vers l’inconnu effraye beaucoup de gens, de nombreuses familles ont relevé le défi d’accueillir, d’ouvrir leur porte. Et c’est très émouvant de voir leur motivation. On peut lire sur les visages de celles-ci une joie immense, lorsque, enfin, ils rencontrent les jeunes qui, pour quelques jours, logeront dans leur demeure.
Un peu plus tard dans la même journée, quelqu’un sonne à ma porte. Mon voisin, les yeux emplis d’étoiles, me fait part d’une expérience qu’il vient de vivre à l’instant. Il sortait d’un tram dans lequel des nombreux jeunes européens ainsi que des citoyens bruxellois se souhaitaient « la paix avec vous ».
« C’est magnifique » me dit-il « Cela redonne de l’espoir ».
Mardi 30/12 : Quel bonheur d’entrer dans une église et de constater que toutes les chaises sont occupées. Occupées par des jeunes et des moins jeunes, tous réunis afin de raviver leur confiance. Confiance en soi, en l’autre, en Dieu. Rassemblés dans le but de retrouver cet espoir porteur, que la communauté de Taizé sait si bien nous transmettre.
Après la prière, on se disperse en petits groupes internationaux, dans lesquels on partage nos opinions, nos expériences, nos questions. Ces partages me permettent de prendre du recul par rapport à la façon dont je mène ma vie. Vivant dans une société dirigée par l’angoisse du temps qui passe, je pense qu’il est très important de prendre le temps de se poser et de réfléchir. Il est toujours impressionnant de voir à quel point, en si peu de temps, ces discussions peuvent tant nous enrichir. En effet, bien souvent, les autres arrivent à mettre les mots justes sur mes impressions personnelles.
Ensuite vient l’heure du repas. Après avoir fait la file dans le froid, près de quarante mille jeunes partagent ce moment ensemble. C’est ahurissant de voir cette salle grouillant de jeunes qui discutent, qui rient, qui chantent, qui jouent de la musique… Tout le monde semble libéré du stress quotidien.
Mercredi 31/12 : Le deuxième et dernier temps de partage en petits groupes dans les paroisses se termine. Tout ceci me donne le sentiment de rester sur ma faim. Je commençais à peine à découvrir les personnes de mon groupe.
En me dirigeant vers les palais du Heysel, accompagnée des jeunes venus des quatre coins de l’Europe, je découvre les transports en communs bruxellois d’une autre manière.
Outre le fait que les métros soient bondés, il y règne une ambiance peu commune. En effet, habituée à l’anonymat des métros, je fus agréablement surprise d’observer ces nombreux échanges de regards et de sourires.
Après avoir participé à des carrefours abordant divers sujets, les jeunes se rendent à la prière commune du soir. Comme à chaque prière de Taizé, un sentiment d’espoir jaillit en moi. Lorsque j’observe tous ces gens réunis par le pouvoir de la foi, j’oublie ce sentiment de solitude qui m’habite parfois. Je me rends compte que je fais partie d’une grande famille.
Les jeunes retournent après cela dans leur paroisse pour participer à une prière pour la paix. Et voila qu’une autre année vient de s’achever.
Jeudi 01/01 : Tout le monde, les yeux pétillants de bonheur, se souhaite la bonne année. L’année 2009 débute avec une fête des peuples. Les jeunes, répartis par nation, présentent une danse, une chanson, une animation… J’aime la simplicité de cette fête de Nouvel An où le simple fait d’être réunis est largement suffisant.
Après avoir un petit peu dormi, les jeunes mangent dans leurs familles d’accueil. Nous sommes nombreux à la maison, autour de la table, à partager le premier repas de l’année. Ce moment est chargé en émotions intenses. En effet, on sent la reconnaissance de certains, le soulagement des autres et la joie de tous.
La dernière prière commune débute. Des milliers de gens chantent à l’unisson. C’est magique ! J’essaie alors de me recueillir (malgré les mouvements incessants de la foule) pour dire merci… à qui, à quoi ? Peu m’importe. J’ai juste besoin de dire merci pour tout ce bonheur.
La fin se rapproche, je suis animée d’un sentiment de nostalgie. Cette étape du pèlerinage de confiance est passée trop vite. Cependant, le défi est relevé, je finis cette semaine, pleine de joie et de confiance pour l’avenir.
