Journal de bord d’Alice, 22 ans
n.c.
Samedi 3 janvier 2009
Alice Billard, 22 ans, France (Paris)
Lundi 29 décembre
Enfin ! Enfin, après un réveil matinal et plusieurs heures de voyage en bus, me voilà arrivée ! Bruxelles… le froid me pique aux yeux, aux lèvres et aux doigts, mais peu importe, depuis le temps que j’attends ça ! La paroisse Sainte-Suzanne va devenir la mienne pendant cinq jours, et c’est là que je rencontre ceux qui se préparent à ma venue depuis deux mois. Ils sont une vingtaine, sur le pont depuis le matin pour accueillir 250 jeunes. J’ai la chance d’être logée en famille, avec un autre jeune Français. Helena, notre hôte, vit depuis plus de 30 ans à Bruxelles, mais le souvenir de sa langue maternelle, le portugais, donne des intonations musicales à son accent belge. Il est tard, mais nous nous mettons sans nous en rendre compte à bavarder pendant presque deux heures, de nous, de nos pays, de Bruxelles… et aussi un peu de religion. Notre hôtesse ne va plus à l’église depuis déjà plusieurs années, mais elle veut absolument en savoir plus sur ce mystérieux « Frère Taizé » qui nous a conduits à Bruxelles et nous fait atterrir chez elle ! Il nous faut interrompre la discussion, à une heure avancée. Il est 23h30, et je suis prête à goûter un repos bien mérité.
Mardi 30 décembre
Youpi, aujourd’hui encore, le temps est radieux. Décidément, les Belges font bien les choses. Ou bien est-ce Dieu qui a commandé le soleil ? La première partie de la journée se passe dans la paroisse. Comme une parabole de l’Europe, mon petit groupe de discussion rassemble Roumains, Lettons, Serbes, Polonais et Français. Nous échangeons pendant une heure et demi en anglais, en français et surtout avec les mains. Presque tous parlent, s’exprimant parfois de façon très personnelle. Parmi les questions abordées : quels sont les joies et les défis ? Dosha, de Lettonie, nous parle des conséquences concrètes de la crise économique : elle n’a pas reçu son salaire depuis plusieurs mois, et se demande comment affronter l’avenir. De mon côté, je parle de mes études et aussi de la façon d’être chrétien en France. La discussion continue, continue, il faut l’interrompre à regrets, pour rejoindre le Heysel. Là-bas, devant les halles où la nourriture va être distribuée dans une demi-heure, un cercle s’est formé bruyant et coloré. Les jeunes dansent et chantent : tout est bon pour se réchauffer, surtout quand ce sont des Italiens ultra-motivés qui mènent le tout ! Dernière image des jeunes pèlerins venus envahir Bruxelles, et qui clôt ma journée : 40 000 jeunes Européens en prière.
Mercredi 31 Décembre
Déjà mon troisième jour à Bruxelles ! Après la matinée en paroisse, je me rends au Heysel pour manger rapidement avant de retrouver un ami allemand que j’ai rencontré il y a quelques années à Taizé : nous allons prier ensemble, puis nous discutons. Mais je suis pressée : mon carrefour commence dans cinq minutes, et je ne veux pas le rater. Autour du thème d’une consommation responsable et durable, un professeur d’économie nous parle des grands enjeux du monde d’aujourd’hui. Ce qui se dit est à la foi simple, concret et intelligent. On peut être Chrétien en tant que consommateur, cela a un sens. Aujourd’hui, la soirée sera belle et longue : veillée de la paix dans ma paroisse, puis fête des peuples. La danse bretonne initiée par les Français à un franc succès ! De retour chez nous, Helena nous offre foie gras et champagne. Il est plus de deux heures du matin. Bonne année !
Jeudi 1er Janvier
Mon premier matin de l’année 2009… J’ai pu dormir un peu, pour aller à la messe de 10h30, et heureusement car la célébration est vraiment étonnante dans la diversité des langues, presque un matin de Pentecôte dans cette église un peu grise et froide. Au moment du signe de la paix, chacun embrasse ses voisins et parfois jusqu’au paroissien le plus éloigné de lui à l’autre bout de l’église. Ma voisine est une orthodoxe de Roumanie, elle participe pour la première fois à une messe catholique, et me demande la signification de tel ou tel signe ou chant. Le repas de midi est plutôt cosmopolite : le plat est belge, le dessert portugais et le champagne français ! Il nous faut déjà repartir pour la cathédrale et la rencontre entre Français : « Lucide mais Joyeux », « moqueries anodines », « moins de biens, plus de liens »… Autant de pistes pour poursuivre le chemin chez soi. Je me rends compte que je vais bientôt dire au revoir à Bruxelles. Qui sait ce qu’il restera de cette rencontre pour moi ? En tout cas, 2009 commence en beauté.
