Tintin a la tête qui tourne
COUVREUR,DANIEL; LEPRINCE,PATRICE
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Jeudi 15 janvier 2009
Bande dessinée Un Musée, un festival, une fresque, un logo… en cadeaux
Début mai, Tintin s’attaquera à l’objectif de la plus grande planche de bande dessinée du monde sur la Grand-Place de Bruxelles : une œuvre de 600 mètres carrés réalisée à partir d’un album de Hergé. A Namur, un Festival Tintin mettra à l’honneur le monde du héros des 7 à 77 ans avec des accents gastronomiques. Gare à l’indigestion de « szlaszeck » syldave… Le 22 mai, à la date anniversaire de sa naissance, le Musée Hergé ouvrira ses portes au public à Louvain-la-Neuve. Aujourd’hui, le gros œuvre est terminé et la scénographie affinée.
Pour patienter jusque-là, les Studios Hergé ont déjà créé le logo original du Musée. « Nous sommes partis des signatures, des marques, des en-têtes, des logos, des pictogrammes laissés par Hergé, raconte le directeur artistique Michel Bareau. Les plus beaux remontaient aux années 1930. Nous en avons tiré des éléments clés comme l’utilisation du noir et du rouge en vogue dans la typographie de l’époque et les clichés au plomb. Au final, le logo synthétise la silhouette du Musée avec l’H du monogramme de Hergé et un profil de Tintin en Amérique. Le lettrage reprend une typographie de 1928 d’Eric Gill dont le style colle parfaitement à celui de Hergé et qui est encore utilisée aujourd’hui dans le métro de Londres. »
Ce travail extrêmement subtil laisse transparaître l’image de Tintin tenant l’œuvre en même temps que l’H qui symbolise son auteur. Un double sens profond, quand on sait combien le héros a hanté la conscience de son créateur. Le biographe de Hergé, Philippe Goddin, avait révélé dans Lignes de vie comment le cœur pur du héros avait cristallisé la dépression de son auteur…
Un autre événement historique est attendu le 26 septembre, jour de la naissance du journal Tintin. Monument classé, la tête de Tintin se remettra à tourner sur l’immeuble des éditions du Lombard, qui abrite la Fondation Leblanc.
L’emblème connu de tous les bédéphiles a été imaginé en 1958 par Raymond Leblanc, fondateur avec Hergé du journal Tintin. A l’époque, c’était la plus grande enseigne lumineuse tournante de Belgique. Ce bougre de Raymond Leblanc ne manquait jamais de rapporter l’anecdote de sa construction : « On a fait venir des ingénieurs allemands qui avaient installé l’enseigne Mercedes à Stuttgart. Ils ont construit l’enseigne. Quand elle a été installée, j’ai voulu voir l’impression qu’elle donnait quand on sortait du tunnel en tram. Sur la banquette en face de moi, il y avait un petit garçon, accompagné de sa maman. Le tram s’est arrêté et le petit garçon s’est écrié : “Maman ! Regarde c’est Spirou !” » Caramba ! Encore raté !
La joyeuse entrée d’Hergé en gare du Luxembourg
Une illustration en noir et blanc publiée dans le Soir du 27 octobre 1932 : Hergé avait été chargé, par la direction de l’Innovation, d’assurer la promotion liée à l’ouverture d’un étage entièrement consacré aux enfants dans le magasin de la rue Neuve.
On y aperçoit notamment la présence des deux garnements les plus connus de Bruxelles : Quick et Flupke. « Plus étonnant, souligne Charles Dierick, du studio Hergé, on aperçoit un des Dupond(t). C’est carrément renversant puisque le duo n’a été créé que le 29 décembre 1932. » Et de préciser, pour les non-tintinologues : « Au départ, les Dupond(t) s’appelaient X33 et X33 bis. »
Un peu plus à l’ouest, d’autres surprises. « Le dessin semble spontané mais la modernité est perceptible, notamment à travers la présence des nombreux journalistes venus assister à l’événement, un peu comme aujourd’hui, sourit notre interlocuteur. Il y a beaucoup de gags comme, du côté gauche, ce preneur du son mal placé ou encore ce caméraman qui ne s’aperçoit pas que l’objectif de sa caméra est masqué. »
Et le spécialiste de prophétiser : « Cette gare sera bientôt plus connue comme celle menant au futur musée Hergé à Louvain-la-Neuve (dont l’ouverture est annoncée en mai) que comme celle du quartier européen. »
