L’écologie comme cache-sexe de la mise à mort du service public ?
n.c.
Page 19
Jeudi 15 janvier 2009
Carte blanche
Par définition, le service universel se doit d’être un ensemble de services de qualité, mis à la disposition de tous, pour un prix abordable. Ces trois éléments, qualité, universalité et accessibilité financière, en constituent les principes essentiels. Ils visent, dans notre société, à maintenir la cohésion du tissu social, et à prévenir l’exclusion sociale. En termes de mobilité, ce service universel doit donc garantir à l’ensemble de nos concitoyens, et cela quel que soit leur lieu de vie, une offre suffisante de transports collectifs afin d’assurer la mobilité de tous à un tarif abordable. Ce service universel ne peut être diminué, sous peine de perdre son essence et sa valeur même. Une valeur qui repose sur le fait qu’un habitant d’une bourgade de 150 habitants doit bénéficier d’une offre de service, si pas identique, au moins satisfaisante par rapport à celle offerte à l’habitant d’une ville importante.
Comme M. Jeholet, nous sommes convaincus de la nécessité d’améliorer l’offre de service de transports publics. Oui, il est nécessaire d’améliorer la complémentarité entre les offres des différents services publics – train, tram, bus, métro. Nos différences se situent non pas sur le diagnostic, mais bien sur le remède. Là où M. Jeholet se focalise sur un taux d’occupation décevant des trains à certaines heures et en certains endroits, nous préférons insister sur l’augmentation générale constante du nombre de passagers. Là où il préconise de réduire ou de supprimer l’offre dans les zones et les lignes non rentables, nous souhaitons encourager davantage l’utilisation des transports publics en améliorant l’offre dans les zones rurales. Là où il s’évertue à citer qu’un train rejette en moyenne par kilomètre 3.085 grammes de CO2 contre 218 pour une voiture, nous rappelons non seulement que ces chiffres, s’ils étaient exacts (1), induisent que le train est plus « économe » à partir de 15 voyageurs (…), mais aussi que la pollution doit tenir compte de différents facteurs comme les particules fines, le bruit, ou… la congestion de nos routes et de nos villes ! Et certaines études ont fait le choix méthodologique d’une large approche des impacts environnementaux et de leur valorisation financière des différents modes de transport (2). Là aussi les résultats sont sans
appel : 146 euros pour la voiture par voyageur par kilomètre, contre 28,8 euros pour les usagers du rail…
Nous soupçonnons M. Jeholet de vouloir affaiblir l’offre de la SNCB et des TEC par réflexe idéologique plutôt que par sa connaissance de la politique ferroviaire dans notre pays. Que propose-t-il pour la SNCB ? D’encourager les parkings vélos ? C’est convenu dans le dernier contrat de gestion conclu entre l’Etat fédéral et le Groupe SNCB. De dégager des moyens afin d’améliorer les services proposés, notamment en récupérant du matériel roulant de réserve en cas de problème technique ou en renforçant l’offre en heures de pointe ? De bonnes idées… mais cela est évidemment déjà mis en place par l’entreprise.
Les initiatives proposées sont sympathiques mais peu réalistes à grande échelle et peu écologiques. Le taxi collectif, c’est peut-être utile le soir, en zone rurale. Mais devrait-on supprimer certaines lignes de bus ou de train pour aller travailler en taxi collectif ? En ville, comme partout, les alternatives à la voiture doivent être privilégiées. Doit-on recourir dès lors à des taxis collectifs alors que les transports en commun assurent de larges dessertes ? Pour le député libéral, la rentabilité écologique devrait conduire à supprimer des lignes de train ou de bus pour permettre de transférer ces « économies » ainsi réalisées vers des initiatives dont la rentabilité, quelle qu’elle soit, n’est pas démontrée. Mais par contre, ce qui est certain, c’est que l’offre et par conséquent les moyens de la SNCB et des TEC seraient, eux, bel et bien diminués, au préjudice de tous !
En tant que socialistes, nous sommes conscients des améliorations à apporter à l’offre de mobilité dans notre pays. Nous avons déposé une proposition de résolution demandant d’étudier l’impact et la possibilité de rouvrir certaines lignes, arrêts et points d’arrêts non gardés sur le réseau ferroviaire belge, et exigeant une meilleure articulation de l’offre train-tram-bus sur l’ensemble du territoire. Parce que nous souhaitons que l’ensemble de nos concitoyens bénéficient d’un transport en commun de qualité. Parce que nous préférons encourager nos concitoyens à reprendre le chemin de la gare ou du bus plutôt que de monter, souvent seul, dans leur voiture. Au nom de l’écologie justement.
